Roman
Reine Bellivier, la Hideuse
Christian Bourgois, 192 pp., 20 € (ebook : 15,99 €).
La porte de la maison grande ouverte et une souris morte dans les toilettes : c’est ce que Marguerite, l’héroïne du premier roman de Reine Bellivier, laisse derrière elle quand elle quitte son mari et ses trois enfants. Cette ancienne fille de ferme va rejoindre un homme d’un milieu social supérieur, capitaine dans la marine. On est dans un bourg des Deux-Sèvres, à la fin des années 50. La narratrice est sa fille, partie des années plus tard sur les traces de cette mère, ange du foyer démissionnaire. Elle reconstitue la vie d’après de Marguerite, faite de désarroi et d’exaltation. Elle dit «tu» et parfois «elle». L’amour filial lui donne le champ libre pour imaginer. Voilà la mère avant : «Les peupliers balaient le beau jour frais. Je te vois couper à travers le pré, creusant un sillon mou dans la luzerne. Tu te perds dans l’air vif, ta tête se déploie aux dimensions du ciel, tu te débarbouilles avec les rayons du soleil. Tu flottes comme les cœurs blancs sur la croupe des chevreuils en fuite.» F.F.
Récit
Michèle Lesbre, Naufrage(s)
Sabine Wespieser, 100 pp. 15 € (ebook : 10,99 €).
Les fonds marins sont peuplés de naufrages, dont un petit musée, à l’île de Sein, conserve le souvenir. Les noms des bateaux font comme des poèmes en regard du texte de Michèle Lesbre. Ils lui évoquent d’autres naufrages, proches de nous, ceux des migrants en Méditerranée, dont il lui est arrivé de penser que «tous ces naufrages étaient le nôtre aussi». Née en 1939, l’écrivaine est d’une génération dont les «belles espérances» ont sombré, la dernière gé




