Techniquement, selon les lois raciales en vigueur en Allemagne, la mère, demi-juive et désormais mariée à un non-juif, n’est pas déportable. Cordelia, sa fille, trois-quarts juive, est déportable. Cordelia aime la poésie, surtout celle de sa mère, l’écrivaine Elisabeth Langgässer. Elle admire profondément cette femme belle et lointaine et, quand elle se dit «Maman écrit !» cela lui inspire «la même vénération que le moment d’élévation à la messe».
Enfant brûlé cherche le feu, écrit à la troisième personne, est autobiographique. La narratrice parle de la petite fille qu’elle a été en la désignant comme «l’enfant» ou la «fillette». Le texte raconte la déportation d’une adolescente de 15 ans à Auschwitz. Il rappelle ce qu’on lui a fait et ce qu’on lui a fait faire, ce sont des choses terribles. Mais, de manière improbable, le lecteur est amené à penser que le moment le plus cruel n’est peut-être pas, ou pas seulement, le cauchemar du camp.
«La petite savait naturellement depuis toujours qu’elle posait problème. Elle n’était pas comme les autres.» C’est le début du livre et inutile de garder le suspense : on comprend assez rapidement que Cordelia qui a une éducation profondément catholique ne sait rien de sa famille paternelle. Sa mère qui s’est trouvé un deuxième mari, Reinhold, grand et blond, «le type même de l’aryen», n’a jamais expliqué à sa fille que son père et son grand-père étaient juifs. C’est Reinhold qui s’en charge, avec une d




