Avoir le cuir épais n’était pas la moindre des qualités requises pour philosopher dans l’Antiquité. Les grandes écoles qui se disputaient le marché de l’esprit s’entre-critiquaient durement : les idées reçues sur des stoïciens insensibles ou des épicuriens voluptueux, notamment, viennent d’un fond très tôt constitué par leurs adversaires respectifs. Mais aucune tradition peut-être n’a été aussi dénigrée que le scepticisme, qui, considérant que la vérité nous est inaccessible, invite à suspendre tout jugement dogmatique. Professeur agrégé de philosophie à l’université de Bordeaux-Montaigne, Enzo Godinot consacre un ouvrage à Pyrrhon d’Elis, fondateur de cette tradition au IVe siècle avant notre ère, et en restitue les grandes idées.
Qu’est-ce qu’un pyrrhonien au IVe siècle avant Jésus-Christ ?
Dans l’histoire de la philosophie, il y a des pyrrhoniens un peu partout, mais peu d’informations certaines sur Pyrrhon lui-même. On sait que ce natif d’Elis aurait suivi Alexandre le Grand jusqu’en Inde, où il aurait été frappé par la vision des ascètes locaux avant de revenir dans sa cité où il aurait eu des disciples. Même si d’autres sceptiques écrivirent, il n’a pas laissé d’ouvrage et n’a pas fondé d’éco




