Le livre commence comme un conte. Une adolescente que l’on pourrait dire orpheline voit dans la nuit une maisonnette ou plutôt une grande tente. A l’intérieur, un vieil homme qui se dit ermite va lui donner asile. La fille est suivie par un corbeau apprivoisé. Autour, il y a le froid de l’hiver et bientôt la neige («–tant mieux, mes traces vont s’effacer», dit l’inconnue). Dans les Règles du Mikado, Erri De Luca brouille effectivement les pistes, en attendant un renversement au dernier quart du livre, qui laisse à moitié incrédule, avec des révélations apportées par un cahier retrouvé.
En attendant retournons sous la tente. Le «vieux» – il a une soixantaine d’années – décide donc de protéger cette fille qui se glisse sous sa couette. Précisons qu’il n’y a strictement aucun dérapage sexuel en vue, manifestement l’homme a d’autres choses à faire, dont choyer sa vie spirituelle. Toute la première partie est sous forme de dialogue et cela donne quelque chose de ouaté, de distant, comme si on écoutait derrière une porte. On saura donc ce que l’un et l’autre veulent bien confesser. Le conte devient carrément contemporain. La fille est une gitane de Slovénie qui vient de fuir, en passant la frontière, un mariage forcé. L’homme est un ancien horloger enrichi, créateur d’une fondation pour les sans-abri. Plus tard, on ent




