Marrakech, années 70. A la naissance, Huriya est désigné garçon. «Je suis né dans le mensonge une nuit d’août dans cette ville sourde et aveugle.» La preuve, on a sacrifié deux moutons à sa naissance ; les filles n’ont droit qu’à un seul. Sa vie démarre drôlement, entre une grand-mère chel’ha, berbère, et un grand-père françaoui, français. Ils rejouent indiscutablement la guerre. «Grand-mère parle en arabe. Grand-père répond en français. Chacun se réfugie dans sa langue. Personne ne veut parler la langue de l’ennemi.» Haine pure, que le grand-père coupe de vin et la grand-mère habille d’Allah. Huriya compte les points. Quoique sa grand-mère, «clouée au plancher de la religion», l’emporte largement. Le vieil homme, «le colon», se réfugie dans les livres et la boisson. «Eté comme hiver, il boit ; le malheur ne choisit pas ses saisons.» La grand-mère est bien plus forte, ingénieuse et tordue aussi. «Elle se cache derrière la religion […]. Mais la religion n’est pas assez vaste pour tout cacher.» Elle dépouille le vieil homme, lui fait payer son péché originel, avec une mauvaise foi impeccable. «Elle parle d’un vin qu’elle n’a pas bu et de livres qu’elle n’a pas lus.» Le grand-père, lui, n’a d’yeux que pour ses livres ou presque. «Il est capable d’être contrarié et de ne plus parler plusieurs jours à cause d’un point-virgule mal placé. Il est à cheval sur la ponctuation. Alors pourquoi ne met-il pas un point final
Livres
Huriya, genre tabou
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«Entre les jambes», renaissance d’une Franco-Marocaine élevée dans le mensonge.
Marché sur l'avenue de l'Istiqlal en octobre 1972, à Essaouira au Maroc. (Jean-Philippe Charbonnier/GAMMA-RAPHO)
Publié le 24/04/2021 à 13h19
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