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«Ici» de Johana Gustawsson et Thomas Enger, le corps a ses raisons…

Les deux auteurs scandinaves proposent un thriller psychologique mettant en scène une spécialiste du langage corporel menant seule son enquête.

L'intrigue se situe dans un quartier privilégié de la banlieue d'Oslo. (Morten Falch Sortland/Getty Images)
Publié le 22/02/2026 à 8h03

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Une veille d’Halloween, dans une banlieue cossue d’Oslo. Hedda et Eva, deux adolescentes «sans histoire» préparent la fête du lendemain. Elles ont 16 ans, sont blondes, jolies, populaires… Pour pimenter la soirée, elles appellent Jesper, un camarade de classe, dealeur à ses heures perdues, pour tester quelques drogues. Les examens sont passés, on peut bien s’amuser un peu. Le lendemain, scène d’horreur. Les deux jeunes filles sont retrouvées attachées, la gorge tranchée, à demi-nues.

En consultant leur messagerie téléphonique, la police ne tarde pas à découvrir la présence de Jesper qu’ils cueillent chez lui au petit matin, les vêtements couverts de sang. Le garçon hébété, un temps incapable de se souvenir de cette soirée durant laquelle il avait lui aussi beaucoup bu et consommé, avoue les meurtres après quelques jours de garde à vue. Vengeance d’un ado mal dans sa peau, crise de folie meurtrière provoquée par la drogue, jeux sexuels qui ont mal tourné ? On en saura sans doute plus durant le procès… En attendant, l’affaire est classée. Ne reste plus, pour les parents des victimes et la narratrice du roman, Kari Voss, une amie des familles, qu’à débuter un deuil impossible.

Sauf qu’Ici, tout le monde ment

Mémoire traumatique

Psychologue et universitaire, Kari Voss est une spécialiste du langage corporel, le «détecteur de mensonges humain», comme l’ont surnommé les médias. Elle travaille régulièrement avec la police d’Oslo qui la sollicite pour assister aux interrogatoires. Le double meurtre la touche d’autant plus qu’elle est elle-même marquée par la disparition de son fils, sept ans plus tôt. Vetle avait tout juste 9 ans et ses meilleurs amis à l’époque étaient… Hedda, Eva et Jesper.

En interrogeant ce dernier, Kari se rend compte que l’affaire n’est pas aussi simple qu’il y paraît. Jesper ne mentait pas quand il soutenait au lendemain du drame qu’il ne se souvenait de rien. Revenu sur ces dénégations, ses aveux sonnent faux aux oreilles de la comportementaliste spécialiste de la mémoire traumatique et des «souvenirs reconstruits». A force de lui répéter qu’il est le meurtrier et que tout l’accuse, le garçon en est désormais persuadé. Mais est-ce pour autant la vérité ?

Ecrit à quatre mains

Kari va donc poursuivre seule l’enquête. Hedda et Eva étaient-elles vraiment les deux anges blonds que tout le monde pleure ? Pourquoi, dans le flot de messages et d’émojis éplorés sur les réseaux sociaux, un mystérieux Viking01 se réjouit-il de leurs morts ? Qui est cette Suzie22 qui suggère à Kari de «chercher du côté de la famille Eek-Svebdsen [la famille d’Eva, ndlr], ce sont des monstres».

Parents, frères, sœurs, camarades de lycée, voisins… Derrière le vernis d’un quartier privilégié de la banlieue d’Oslo, se cachent nombre de secrets. Une ambiance que vient plomber, comme dans la plupart des polars scandinaves (on pense aux romans de Arttu Tuominen, Maria Grund ou Viveca Sten), les journées glacées, la nature sauvage et les nuits d’octobre qui n’en finissent pas – «Winter is coming», se répètent en boucle les protagonistes de l’histoire.

Ecrit en anglais, à quatre mains, par l’autrice franco-suédoise Johana Gustawsson (Libération avait lu son précédent thriller, les Morsures du silence) et le Norvégien Thomas Enger (également chroniqué), Ici est le premier d’une série (d’au moins) trois tomes mettant en scène Kari Voss. Car si son fils a bien disparu il y a sept ans, son corps n’a jamais été retrouvé.

Ici, tout le monde ment, de Johana Gustawsson et Thomas Enger, Calmann Levy Noir, 536 pp., 22,50 euros.

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