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Philosophie

«Inhospitalité», les écueils de l’accueil

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Le philosophe Jacob Rogozinski interroge l’hostilité croissante à l’égard des étrangers, de l’indifférence à l’offensive ouverte.

«Sangatte, le hangar» (2000) de Jacqueline Salmon. (Jacqueline Salmon/Courtesy Galerie Eric Dupont)
Publié le 04/04/2024 à 7h40

Moustiques et serpents tueurs, sables mouvants, humidité, froid, chaleur insupportable, sécheresse, jungle et ravins infranchissables, plantes carnivores, air irrespirable… Voilà qui rendrait une terre inhospitalière. Mais une société ? Comment, quand, pourquoi un pays peut-il être inhospitalier – ou une nation, un Etat, une communauté ? Il est bien difficile de mesurer les changements de mentalité, et encore plus les dispositions morales d’une collectivité qui, d’ouverte et accueillante, deviendrait hostile à celles et ceux qui viennent d’ailleurs. Il faudrait examiner la façon dont évoluent les opinions publiques, et, plus en amont, voir comment se forment les croyances, comment les idées et les valeurs forgées dans les sphères «superstructurelles» – les sciences dures, les sciences politiques et sociales, la philosophie, la psychologie, le droit, l’art, la littérature, etc. – se déposent, comme un précipité chimique, via les appareils de diffusion et de communication de masse, ou plus récemment les réseaux sociaux, dans l’esprit de chacun(e) pour former ce que Gramsci nommait le «sens commun».

Le temps n’est pas si loin où les pensées les plus profondes et influentes de la philosophie et des sciences humaines valorisaient le respect, la dignité, l’accueil, l’ouverture à l’autre, l’altruisme, la priorité morale accordée à autrui. Il n’en est plus ainsi. Concernant la notion même d’hospitalité, les changements sont sous les yeux de tous, et suivent en parallèle les si

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