L’édition comme un travail de l’ombre, l’éditeur en passeur ; honneur aux textes. C’est l’esprit des éditions de Minuit. La sève d’une enseigne qui a commencé à publier clandestinement pendant la Seconde Guerre mondiale. La richesse d’un catalogue où se côtoient les Nobel Samuel Beckett et Claude Simon, Marguerite Duras, Jean Echenoz, Jean-Philippe Toussaint, ou encore, Laurent Mauvignier, quatrième Goncourt de la maison. Irène Lindon incarnait radicalement cet esprit souterrain et engagé. Tant et si bien qu’elle a laissé peu de traces. Et c’est parce qu’elle l’a voulu. Chez elle, la discrétion était sans doute de nature, mais aussi l’expression d’une force : ne pas se faire voir et ne pas parler. Le livre avant tout. A la mort de son père, Jérôme Lindon, en avril 2001 à 75 ans, elle refusait de commenter la suite. Qu’avait-elle à dire elle, la fille aînée qui avait repris les rênes, en tandem avec Henri Causse, autre esprit des lieux décédé en 2024. Elle a répondu : «Je n’ai aucune déclaration à faire. Un éditeur, ça lit et ça publie» (l’Express, 27 décembre 2001).
Pendant vingt ans encore, Irène Lindon a lu et publié, d




