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L’avantage avec Jacky Schwartzmann, c’est qu’il ne se prend pas au sérieux. Il donne l’impression de s’amuser en écrivant et, souvent, ça marche. Depuis Demain, c’est loin (Seuil), qui nous avait fait hurler de rire en 2017 avec son personnage de François Feldmann, sorte de double à qui il faisait dire dans les premières lignes «un nom de juif, une tête d’Arabe, le physique de Philip Seymour Hoffman et la domiciliation aux Buers, c’est ce qu’on peut appeler un mauvais départ dans la vie», nous découvrons chacun de ses livres avec curiosité et une sorte de soulagement : nous sommes assurés de ne pas nous ennuyer. Il écrit beaucoup, cela ne marche donc pas à tous les coups mais ce coup-ci, avec Killing Me Softly (la Manufacture de livres), ça marche. Son héros a toujours un problème d’identité. Il se nomme Madjid Müller, petit-fils d’un nazi côté paternel et d’un membre fondateur du FLN côté maternel, ça vous pose un homme. Et il est tueur à gages.
Un jour, il reçoit une demande un peu particulière : tuer un pédophile sous les yeux de son ancienne victime, celui-là même qui a mis un contrat sur sa tête. Et, pire même, quand il rencontre ce dernier, celui-ci lui demande une faveur : «Je veux lui couper la bite avant que vous le butiez.» Madjid Müller a beau être tueur à gages, il a un bon fond. Et cette perspective ne lui dit rien qui vaille. Surtout quand il rencontre le fameux pédophile, un vieillard enfermé dans un Ehpad auquel, allez savoir pourquoi, il s’attache aussitôt. Tout commence quand il s’aperçoit, venant le chercher à son cours d’aquagym, qu’il est en fauteuil roulant. «J’attrape le fauteuil, le lui glisse sous le cul, il se pose, et voilà : voilà comment on passe du meurtre à l’aide à la personne», écrit Schwartzmann. Avouons-le, ce n’est pas Marcel Proust mais ça aide à démarrer l’année alors que les horreurs que l’on croyait reléguées à 2025 se bousculent dans les premiers jours de 2026.
Evidemment rien ne va se passer comme prévu sinon il n’y aurait pas de roman. De rebondissement en rebondissement, Madjid Müller va finir par faire le bien et devenir un héros aux yeux de sa fille qui, en pleine crise d’ado, est convaincue qu’il ne ferait pas de mal à une mouche. Killing Me Softly est un polar court, drôle, bien construit, qui confirme la place que prend Jacky Schwartzmann dans ce milieu en pleine ébullition en France. Rappelons que ce natif de Besançon a publié, avec Laurent Chalumeau et l’aide d’Hervé Delouche à la correction, un recueil d’une nouvelle et d’une novela sous le titre d’On voudrait pas crever, à seule fin de sauver la formidable librairie indépendante Reservoir Books, de Besançon, en grande difficulté financière. Alors n’hésitez pas à ajouter ce livre, dont tous les bénéfices iront à la librairie, à l’achat de Killing me softly. Il suffit de cliquer sur ce lien : https://www.lecturesinflammables.com /




