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«La Déprise» de Clotilde Leguil : l’amour du sentiment à l’assentiment

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Poursuivant son étude de l’intime, la philosophe et psychanalyste explore dans son ouvrage la question de la désobéissance et du consentement dans la rencontre amoureuse, mêlant analyses fines et nombreuses références culturelles.

Clotilde Leguil à Paris, le 19 septembre 2025. (Frédéric STUCIN/Frédéric STUCIN)
Publié le 17/09/2025 à 16h38

On se demande pourquoi le mot rencontre a perdu tout antonyme. Certes, à son idée, s’oppose la séparation. Mais si on cherchait des contraires du terme lui-même, on ne trouverait que la locution «à l’encontre de», qui peut en effet évoquer une certaine «hostilité» – alors qu’en italien on peut, à incontro (rencontre), opposer scontro, lequel est aussi une «rencontre» mais au sens de face-à-face violent, d’affrontement, heurt douloureux, clash, choc (entre deux voitures par exemple). Aussi utilisera-t-on en français, pour distinguer les deux acceptions, «bonne rencontre» et «mauvaise rencontre», l’une inaugurant une relation féconde, pleine d’opportunités et de ressources, créatrice de richesses psychologiques, affectives, intellectuelles, l’autre ouvrant à des rapports toxiques, inégalitaires, dans lesquels prennent racine la domination, l’emprise, la violence exercée, les outrages, les blessures, les coups, la maltraitance, le harcèlement subis. Tout irait bien si on pouvait à chaque fois les séparer et les tenir éloignées l’une de l’autre. Mais ce n’est pas le cas : bien souvent, c’est au creux même de la «bonne rencontre» avec un coach sportif, un professeur, un curé, un confrère, un beau-père, si enthousiasmante à son orée, si prometteuse, qu’apparaissent les germes des mauvaises intentions, des mauvais gestes, de la prévarication, des mille formes, d’abord doucereuses, puis sournoises, insistantes, brutales, féroces, de la violation, soit la mutatio

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