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Roman

«La Jeune Fille et la mer» de David Vann, limpide en eaux troubles

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Le douzième roman de l’auteur américain est un conte de fées vicié, où il renouvelle et politise ses obsessions.

David Vann à Paris le 14 novembre. (Irina Shkoda/Libération)
Publié le 12/12/2025 à 16h40

Dans un décor de carte postale, une île des Philippines, une belle jeune fille pauvre rencontre un homme mûr, riche et gentil. Il a un bateau, qui pourrait être l’équivalent d’un cheval blanc, un moyen de larguer les amarres de la misère. C’est d’ailleurs un peu comme ça qu’Aica envisage Bob, d’emblée. En plus violent, s’entend. Ses yeux bleus ? «Elle a envie de les arracher et de les mettre à son bébé, le bébé qu’elle va avoir avec lui.» Et quand il lui demande si elle veut un chocolat, elle répond oui, «mais, pas que ça, beaucoup plus, elle pense». Des images la traversent, issues de vidéos YouTube sur des étrangers arnaqués par des filles du coin. «Certains se sont retrouvés sans logement et mendient maintenant dans la rue. Elle aime bien regarder ces vidéos. Elle aime les voir mendier. Elle trouve ça juste.» Bob, pendant ce temps, lui fait des compliments, dit qu’il voudrait la revoir, bien sûr. Bob est américain, Aica, philippine. Dès le premier chapitre, la Jeune Fille et la mer s’ancre en eaux troubles, la parade amoureuse sent le roussi, le conte de fées vicié.

Certaine d’avoir décroché son billet pour la vie dont tous rêvent, Aica se sent pousser des ailes, en devient arrogante avec ses pairs qui voient en elle une «poke poke» (prostituée, concubine) – «Elle va faire pire qu’ils ne peuvent l’imaginer. Elle sera pire qu’ils ne peuvent l’imaginer, et à cette pensée, elle sourit et les toise à son tour». Bientôt, elle ne

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