Trois hommes, un matin de janvier, pendant que tout le monde dort encore, quittent l’hôtel dans la nuit noire. Ils ont leurs habitudes. «Depuis le temps que l’on grimpe ensemble.»
Jean a donné le signal du départ. «La face nord de la Montagne c’est son idée à lui c’est lui le plan.» Arthur a pris soin de savourer le café infect et d’en griller une, il a une provision de cigarettes (tabac, joints) roulées à l’avance. Autant Arthur est souriant et serein, détendu, autant Johann est agité, incapable d’avaler quoi que ce soit. Johann raconte, c’est selon son point de vue qu’a lieu l’ascension de la Montagne Margarete, Margarete qui n’est pas le nom de la Montagne, mais celui d’une femme qui obsède Johann. Elle n’est plus là, il se sent seul et abandonné, il l’invoque. Il la voit, «tu poses sur moi tes grands yeux bleus pochés et tes cheveux d’obsidienne». Il aurait fallu dormir, Margarete l’en a empêché.
«L’appréhension elle neutralise tout même la fatigue même la colère.» L’appréhension va de soi, «mille huit cents mètres de paroi lisse et concave», on veut bien croire que Johann a le trac, Jean semble également nerveux. La Montagne : «Une masse infinie contre laquelle les nuages viennent se fracasser.» Il y a pire danger que le déluge, «quand le dégel transforme la glace en eau. La dilatation pulvérise alors la roche et ça provoque des chutes incessantes de pierres et de blocs de glace et c’est comme une pluie solide qui s’abat




