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«La Nuit funambule» d’Emmanuel Poinot : dans le pétrin dans le pétrole

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Sur une plateforme pétrolière dans l’Atlantique Nord, parfois inaccessible, une amitié se noue entre deux hommes, relation faite de subtilités et de non-dits.

«Depuis la veille, la plateforme était restée inaccessible, livrée à elle-même, au creux d’un océan déchaîné.» (Rob Ellis/Getty Images)
Publié le 15/11/2025 à 18h08

Le décor est inhabituel : une plateforme pétrolière dans l’Atlantique Nord. Des hommes travaillent là. Nous partageons leur quotidien. Notamment celui de Sven, qui y exerce depuis dix ans comme infirmier. Son rythme ? Quatre semaines isolées au milieu de l’océan, le même laps de temps à terre, pour se remettre de ces pénibles conditions. «Depuis la veille, la plateforme était restée inaccessible, livrée à elle-même, au creux d’un océan déchaîné. Mais peu avant la seconde nuit, les vents s’étaient calmés, un hélicoptère avait réussi à décoller… Sans un mot, Björn, l’ingénieur en chef, s’était alors tourné vers Sven, qui avait soutenu son regard. Oui, c’était bien là : le fil tendu sous ses pieds s’était soudain rompu, et déjà Sven tombait, frôlant le vertige en vrilles silencieuses, et son âme, elle aussi, avait vacillé devant tout ce vide à apprivoiser.»

Au fil du récit, une amitié se noue entre Sven et Niels, un informaticien de 20 ans extraverti, au moment même où Sven quitte son épouse. «La première fois qu’ils s’étaient croisés, Sven l’avait trouvé bien jeune pour venir travailler sur une plateforme de forage où l’ouvrage était souvent éprouvant, et, pour certains postes, particulièrement dangereux.» Entre les deux hommes se trame donc une relation faite de subtilités et de non-dits, quelque chose qui plane délicatement et, paradoxalement, avec une force inouïe. Une amitié naissante, voire davantage ? «Il était certain de l’authenticité de leurs se

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