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«La Passagère des neiges» de Ayfer Tunç, les creux de l’amour

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Le cahier Livres de Libédossier
A travers les lubies et pièges amoureux de ses personnages masculins, l’autrice turque Ayfer Tunç révèle dans ses nouvelles les douleurs muettes des femmes dans son pays.
Au-delà de la satire sociale, de l’ironie toute flaubertienne dAyfer Tunç à disséquer les pièges et lubies du sentiment amoureux, on lit sa tendresse pour ses personnages. (Muhsin Akgun)
publié le 18 avril 2025 à 12h55

«Cet amour qu’Aziz Bey avait vécu de la mauvaise manière s’était propagé dans toute son existence, telle une route sans retour ou une maladie incurable. Quand il voulut rattraper son erreur, il s’y prit de la mauvaise manière, comme on avance vers une feuille morte que le vent ne cesse de projeter plus loin.» La formule apparaît dans les premières pages de l’Incident Aziz Bey d’Ayfer Tunç. L’écrivaine, l’une des figures les plus respectées de la littérature contemporaine turque, est méconnue en France. On ne pouvait jusqu’ici lire que Nuit d’absinthe, publié en 2013 par les éditions Galaade. La Passagère des neiges, recueil de six nouvelles qui vient de paraître aux éditions Zulma, offre un aperçu de son talent autant qu’il sert d’introduction à son univers. Saltimbanque des quartiers populaires d’Istanbul, Aziz Bey considère son existence comme un échec. Il est haï par son père qui l’héberge encore alors qu’il a 30 ans, ses rêves de gloire sont déjà derrière lui, et il doit se battre pour gagner sa vie dans un pays en crise. Il se console en jouant les Casanova, puis se convainc qu’il aime éperdument une femme parce qu’elle est insensible à son charme, sans réaliser que celle qu’il a épousée l’aime. Il ne lui reste plus que son orgueil, qui le perdra.

«A cause des histoires de femmes», écrit à la première personne, est aussi terrible de vérité. Le narrateur, un homme d’une timidité maladive, se fait charrier par ses amis parce qu’il n’a pas comme