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Né en 2002, Antonin Feurté signe un premier roman noir remarquable, sec et syncopé, brutal comme une décharge électrique où les lieux tiennent une part essentielle.
D’abord il y a le chenil où travaille le héros, Valère. Un endroit qui sent la souillure et la mort, où les bêtes sont enfermées dans des cages trop petites et hurlent nuit et jour. Valère est là pour remplir les gamelles et nettoyer les litières sales. «Saisir du bout des doigts, déclipser, vider les copeaux souillés dans la poubelle, attraper la raclette en métal, racler les dernières merdes collées au plastique, déposer sur le chariot vide qui se tient à côté». C’est un travail absurde qui n’en finit jamais. Valère garde une arme dans sa poche, on comprend qu’il va s’en servir.
En alternance, on retrouve le jeune homme en fuite, dans la montagne pyrénéenne, les forêts d’épicéas, les bosquets d’épinette. Le garçon ne s’arrête pas, entendant les gendarmes qui le poursuivent et l’hélicoptère qui le cherche. Les chapitres sont courts, on apprend peu à peu toute l’histoire de cette fuite, de la rébellion d’un homme qui a tout raté. Un autre récit vient s’enchâsser. Il décrit l’enfance de Valère, quand son père l’emmenait dans la nature pour lui expliquer la beauté des alpages, quand sa mère n’était pas morte et que tout était encore possible. C’était avant le déclassement et la violence familiale.
Le lecteur reste en permanence dans la tête de Valère, sa course dans les rochers, à la lueur du crépuscule. Antonin Feurté décrit avec précision les bruits et les gestes qui deviennent mécaniques jusqu’à l’épuisement. La composition des phrases, le ton à la limite de la paranoïa, le souffle court du fuyard, les odeurs qui se mélangent, tout est juste et la lecture devient de plus en plus haletante.
Valère, comme son père, comme ses collègues de travail, n’a aucune perspective dans une société où les bergers deviennent manœuvres dans une usine à clebs. Le constat est terrible, l’histoire bouleversante, surtout quand on lit que l’auteur s’est inspiré de sa propre expérience pour écrire cette histoire qui ne peut pas bien finir.




