«Il va y avoir des morts.» Le 10 mars 2020, devant les soignants de son hôpital, le responsable de la gestion de la crise sanitaire ne prend pas de gants, ni même le temps de saluer les équipes, tout absorbé qu’il est par son rôle de chef de guerre. Un psychiatre qui rentre de vacances en famille, assiste, sonné, à une réunion d’urgence au style militaire. Pour les morts, «le protocole prévoit la mise en housse immédiate, pas de toilette mortuaire, cercueil fermé, aucune dérogation possible, on mèche les narines du défunt, on recouvre son visage, on le housse, tout doit aller très vite, les cadavres sont hyper contagieux».
Alors que le pays se confine, les soignants se retrouvent en première ligne. Le narrateur, qui n’a pas mis les pieds dans un service de soins depuis vingt ans, partage son temps entre son équipe mobile qui maraude dans une ville fantôme à la recherche de naufragés de la vie à protéger, et les unités Covid où les malades meurent seuls, privés de tout rite puisque «au commencement on ne lave plus les corps, on ne les coiffe plus, on ne les habille plus, on ne les présente plus – d’accompagner les morts, il n’est plus question».
Hypnose pour soigner un SDF
Pourquoi s’est-il porté volontaire ? se demande le professionnel de santé, qui s’y présente avec «un masque de chez Leroy Merlin» sur le visage. Aux côtés de Mireille, l’infirmière avec qui il forme un binôme mortuaire, il s’efforce de se montrer à la hauteur de la situation. «Je m’adapte. Depuis que le co




