Jean-Luc Lagarce, dramaturge mort du sida en 1995, est le héros discret de mon adolescence. Les deux tomes de son journal, posés sur la table de nuit, étaient minutieusement parcourus chaque soir à la recherche d’éclaircissements sur l’origine des pièces si particulières de l’auteur. En guise d’explications, peu de choses, hormis quelques éclats («J’ai tué le père ce matin et chacun sait que c’est la meilleure chose à faire», Berlin, 7 mai 1990) et l’image d’un auteur à la manière du héros de Juste la fin du monde : un homme en marge, hanté par la difficulté de dire son amour. Dans ce même journal, Lagarce invoquait avec humour «les camarades chercheurs de l’Idaho» qui feraient – un jour – leur miel de ce texte immense.
C’est le pari de Charles Salles dans Lagarce, fiction, deux ans après un premier roman consacré à Alain Pacadis, Alain Pacadis, face B (la Table ronde). Ici, Gus Idaho, un journaliste fictif, mène son enquête et libère la parole des proches de Lagarce, sans les interroger, simplement en les laissant s’exprimer face caméra. De ces récits glanés émerge l’amour que ces vies parallèles restées dans son om




