Il est des livres dont on revient comme d’un long voyage, un peu groggy, quasi jetlagué, mais tout plein d’images, de sensations, de souvenirs – de panoramas devenus familiers, de personnages devenus proches. Il y a qu’on passe longtemps à l’ombre de l’Arbre de l’homme, roman paru en 1955 de Patrick White (1912-1990), premier écrivain australien et océanien lauréat du Nobel de littérature en 1973 (et toujours le seul à ce jour), présenté dans la London Review of Books en «colosse distant et grimaçant» devenu à la longue pour ses compatriotes et au-delà une représentation du paysage qu’il décrivait : monumental, sauvage, inatteignable. Si certains de ses textes ont été traduits en français chez Gallimard (le Jardin suspendu en 2015, le recueil les Cacatoès en 2021…), celui-ci est inédit – et il est tenu pour un sommet.
La première phrase plante le décor : «Une charrette s’engagea entre deux stringybarks et s’immobilisa.» Qu’est-ce que des stringybarks ? La question peut se poser au lecteur à peine débarqué dans ces contrées. La réponse suit, comme déjà s’installe un dialogue : «C’étaient des arbres dominants de ce recoin du bush, qui se dressaient au-dessus des inextricables broussailles avec la simplicité de toute véritable grandeur.» L’homme du titre, figure de pionnier, alors presque encore un garçon, descend de son véhicule et empoigne une hache dès le troisième paragraphe. Il improvise un abri, fait du feu, pas de temps à p




