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Libé des auteur·es jeunesse

Le cannibalisme de Néandertal, prémices d’une domination

L’analyse des six néandertaliens retrouvés dans les grottes de Goyet en Belgique montre qu’ils ont été probablement dévorés par vengeance. En tant que végane, qu’aurais-je fait confrontée à l’obligation de manger la chair humaine d’un possible ennemi ?

(Antoine Ronzon)
Par
Catherine Zambon
Publié le 26/11/2025 à 9h01

Cet article est tiré du Libé spécial auteur·es jeunesse. Pour la septième année, Libération se met aux couleurs et textes de la jeunesse pour le Salon du livre de Montreuil qui ouvre ses portes le 26 novembre. Retrouvez tous les articles ici.

Ils se mangeaient entre eux pour des raisons précises. Ou plutôt, iels se mangeaient entre elleux. Les néandertalien·nes semblaient, en certaines circonstances, particulières friand·es de chair humaine. Iels raclaient, dépeçaient et dévoraient des proies délibérément choisies. On espère que ça leur plaisait de les ingurgiter, que ce n’était pas une punition. D’ailleurs, on ne sait qui des femmes ou des hommes absorbaient ces humain·es. Toustes peut-être. Ce que l’on sait depuis peu, grâce aux recherches dans les grottes de Goyet, à Gesves, en Belgique, c’est que les six corps humains analysés ont été dévorés parce qu’étrangers au groupe. Il y a 41000 ans, l’accueil de l’Autre n’était pas à l’ordre du jour visiblement. Ça n’a guère changé d’ailleurs, vu le sort qu’on réserve aux migrant·es qui espèrent rejoindre les côtes anglaises. Mais ne mélangeons pas tout. En France, on les rejette, on ne les tue pas – les laissant vivre dans des situations invivables.

Ce que démontre surtout l’étude publiée le 19 novembre dans Scientific Reports, c’est que ce cannibalisme était probablement un acte de vengeance. Ce fait m’interroge en tant que végane du XXIe siècle. Qu’aurais-je fait confrontée à l’obligation de manger la chair humaine d’un possible ennemi ? Je ne pense pas que la question se posait en ces termes à cette époque. En tant que féministe, je suis aussi forcément interpellée par le fait que ces six victimes étaient des femmes pour la majorité – graciles, petites – ou des enfants. Iels ont donc été ingurgité·es délibérément parce qu’étrangères, femmes et vulnérables. Plus faciles à attraper ? Ou soigneusement sélectionnées parce que vulnérables ? Probablement est-ce là où mon antispécisme commence à s’alerter. Car, au vu de ce que l’histoire nous enseigne, j’ai peur de voir s’exercer dans les grottes de Goyet les prémices d’une domination. Celle-là même qui s’exerce encore amplement aujourd’hui envers les plus faibles, dans notre société dite évoluée.

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