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Roman

«Le Fleuve» de Rosa Liksom : laponne étoile

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Une adolescente finlandaise jetée sur les routes, en pleine débâcle de l’armée allemande.

Winter View from Inha, 1905. Creator: Vilho Sjöström. (Photo by Heritage Art/Heritage Images via Getty Images) (Heritage Images. Getty Images)
Publié le 28/11/2025 à 11h54

Le village finlandais, le fleuve qui aboutit à la mer, des flèches et des pointillés qui indiquent l’aller et le retour : un croquis comme dessiné à la main résume à la fin du Fleuve les dix mois d’errance de la narratrice, treize ans, «presque quatorze», en 1944-1945, à la tête de son troupeau, puis, à un moment, sans lui. Maigre troupeau, en vérité, mais dont elle est responsable et qu’elle aime. Les noms de ses vaches se mêlent à ceux de ses compagnons, un garçon et deux filles de ferme. La gamine, au cours de son exode, aura davantage d’affection pour le rat qu’elle apprivoise que pour son petit frère, un bébé mort dans ses bras. La romancière, Rosa Liksom, ne cherche pas à nous attendrir. Elle nous précipite dans le paysage.

La conscience de l’héroïne, composite, à faible teneur psychologique, est riche de considérations sur l’univers, les étoiles, l’absence de Dieu, qui lui viennent d’un jeune oncle. D’autres certitudes, plus poétiques, sont héritées de sa grand-mère. Parfois, elle vibre de sensations, de visions. A d’autres moments, lorsqu’elle se retrouve seule, elle se sent vide. On a le sentiment que l’autrice s’est inspirée de plusieurs personnes pour construire cette narratrice (n’écrit-elle pas «Merci pour vos souvenirs», citant trois noms dans sa liste de remerciements ?). Bien sûr, le personnage ne sera pas identique, au début et à la fin du parcours. La situation, au début, est la suivante : son père est au front, ses demi-frères aînés son

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