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Joseph Knox est un drôle de garçon. Une sorte d’adolescent joueur lâché dans un monde d’hommes. Nous avons souvent pesté en lisant son dernier polar, le Syndrome de l’imposteur (le Masque) que nous trouvions interminable sans pour autant parvenir à le lâcher. Car cet auteur britannique sait y faire pour vous attraper et vous entraîner dans une succession d’énigmes, l’une en entraînant une autre puis une deuxième et une troisième jusqu’à ce que vous ne vous souveniez plus de la première et, pire, jusqu’à vous pousser à vous demander pourquoi vous avez passé tant de temps à essayer de comprendre de quoi il retournait. Bref, essayons de résumer ce roman : Lynch est un escroc, nous le découvrons à Paris, Gare du Nord, en train de prendre un billet pour Londres afin de fuir un incident inconnu et surtout une certaine Clare qui «devait disparaître» mais on ne sait pas pourquoi. Arrivé à Londres, ce type un peu paumé et déprimé file à Heathrow mais on ne sait toujours pas pourquoi puisqu’il n’a ni bagage ni argent. Et là, dans le hall du Sofitel de l’aéroport, il percute une femme qui le regarde sidérée : «Heydon, lui lance-t-elle. H, c’est toi ?» Le problème, c’est que notre héros ne s’appelle pas Heydon. La femme, Bobbie, le prend pour son grand frère, dont il est le sosie. Et sa sidération s’explique par le fait que Heydon a disparu depuis cinq ans.
Tant qu’à être arrivée jusque-là…
A partir de là, tout va partir en sucette pour Lynch. Bobbie va le convaincre de jouer le rôle de son propre frère - soudain réapparu - auprès de sa famille et de leurs amis pour tenter de déceler qui a pu le faire disparaître. Elle va même jusqu’à reproduire sur son visage le tatouage qu’avait Heydon, ainsi il est ferré. Et notre héros, qui ne sait pas quoi faire de sa vie, va d’abord trouver amusant - et surtout rémunérateur - d’endosser le rôle. Jusqu’à ce que des hommes très très méchants tentent de s’en prendre à lui mais l’on ne sait pas bien pourquoi car tout va très vite se compliquer et l’on finit par ne plus être capable de discerner qui en veut à qui.
Tout est résumé dans ce dialogue : «Cette histoire de double, vous faire passer pour Heydon. Vous n’êtes pas allé jusqu’au bout, hein ?». Je hausse les épaules. «Qui êtes-vous donc pour tenter ce genre de chose ?» - Je ne sais pas. Un menteur talentueux. - C’est certain. Mais pour accepter ce travail ?» Je soupire pour bien montrer que je n’ai pas de temps à perdre avec tout ça. «Disons que j’ai un peu erré, ces dernières années… - En faisant quoi ? - Des choses et d’autres. - Monsieur… - Lynch. - Monsieur Lynch… - Je suis un arnaqueur. «J’avais toujours esquivé la réalité, avec tout le monde. Et avec moi-même. En un sens, c’était un soulagement de l’avouer à voix haute.»
Pourquoi continuer ce polar si on est aussi perdue que le héros ? Une fois prise dans la nasse de ces intrigues, impossible de refermer ce livre : tant qu’à être arrivée jusque-là, se dit-on, autant poursuivre. Et on se dit la même chose à la fin sauf qu’il n’y a plus rien derrière.
Présent au dernier festival de Pau, Un aller-retour dans le noir, dont il était le coparrain avec l’anglo-indien Abir Mukherjee, Joseph Knox nous a émue avec son air de lutin et son humour très britannique. Grandi à Manchester, il a travaillé comme barman et libraire, s’est fait tout seul et déplore le fossé qui existe entre les classes sociales en Grande-Bretagne. Après l’avoir rencontré, on n’en savait pas beaucoup plus sur son héros mais on était bien mieux intentionnée vis-à-vis de l’auteur.




