Des spectres circulent dans les familles, pas même des patronymes, seulement des silhouettes figées à plat dans un album ou debout sur un meuble. Regarder derrière ouvre parfois sur un abîme. La photo que Christophe Boltanski a toujours vue pendant ses vacances sur un secrétaire en acajou de la maison de Barfleur – autrefois la leur –, les montre tous les cinq. «Le père, en veste croisée, cravate épaisse et chemise blanche à col rond», elle, assise, tient un bébé dans ses bras, et à droite, «deux autres enfants fixent la boîte à soufflet avec inquiétude». Le cliché a été pris – «je penche pour l’année 1913» –, dans le studio de Lucien Roustan, place du Château à Valognes. Le Trait de côte amorce une enquête, on l’a vite compris, l’écrivain et grand reporter en annonce la couleur. De précédents livres foraient déjà l’histoire familiale paternelle et maternelle, la Cache (prix Femina, 2015) et le Guetteur (2018).
«L’épaisseur d’un trait»
Le côté normand, c’est sa mère. «Ils sont presque tous morts de la tuberculose», lui avait-e




