Il a son uniforme, pantalon de costume crasseux taché de gras et de vin, son anorak noir et long, même quand il va à la plage. Il enfonce ses chaussures en cuir dans le sable. Son ventre bedonnant est caché sous un gilet en laine, sûrement trempé par la sueur. Olivier se déshabille enfin et s’immerge dans l’eau parmi ses enfants, ne se souciant guère de sa femme à côté de lui, honteuse des regards portés sur cet «énorme volume». «Ma mère n’est vulnérable qu’humiliée. Sentiment qui hors des murs l’obligeait à étouffer sa panique, sa plainte, sa hargne.» Le narrateur — l’un des garçons du couple — a déjà senti ces yeux se fixer sur lui «et sur cette différence qu’on [lui] inventait et qui s’appelait “pauvreté”», écrit-il dans ce premier roman fortement autobiographique, retraçant son quotidien de sa primaire à son lycée.
«elle ne le lavait pas. Elle l’éradiquait»
Le reste du temps, Olivier les oublie, les récupère à la fermeture de l’école et emmène le petit dernier au bistrot. En parallèle, pour sa compagne plane la menace du suicide. Devant la fenêtre ouverte, se tenant debout sur une chaise, elle met un pied sur le bord. «Et ne saute pas.» Il y a sans doute chez elle une détresse et un ras-le-bol de devoir tout porter : l’éducation (étouffante) des cinq mômes, le foyer en bordel, le conjoint alcoolique dont il faut s’occuper les soirs où il rentre titubant. Elle le pousse «jusque dans la salle de bains» où un jour, excédée, elle vide sur son corps nu un «bidon d’eau de Jav




