En dollars, en bétail ou en machines-outils, combien un humain vaut-il ? Cette question insupportable, Sonia Devillers peut malheureusement y répondre. La présentatrice du «Mag de la matinale» sur France Inter raconte dans les Exportés la manière dont sa famille maternelle juive a été vendue par le régime roumain communiste en 1961. L’ouvrage, entre le récit intime et l’enquête journalistique, s’est rapidement installé dans la liste des meilleures ventes. Il met en lumière une réalité oubliée et une histoire tragique, celle de tout un peuple, qui, même après la Shoah, a continué d’être persécuté par Bucarest.
Qui était Gabriela Greenberg ?
Sonia Devillers fait de sa grand-mère une figure centrale. Elle l’a bien connue enfant. Elle lui rendait visite dans son appartement de la Porte de Bagnolet. Issue de la bourgeoise intellectuelle roumaine, son aïeule qui ne se sentait pas juive mais fut bien obligée de l’être garda toute sa vie une classe, une prestance et un goût pour les histoires et anecdotes. Pourtant, elle ne parlait pas de l’Holocauste, ni de la manière dont ils avaient dû acheter leur liberté ensuite. La journaliste s’interroge alors : pourquoi ce déni ? Comment avait-elle pu être heureuse dans les années 30 en pleine montée du fascisme ? Pourquoi, aussi, ne pas évoquer la guerre ? Parce qu’ils n’ont pas connu les camps, in extremis, et qu’il n’y aurait du coup rien à dire ? «De ces années troubles, mes grands-parents avaient préféré tirer une poignée d’anecdotes destinées à colorer les




