Dans ce lieu, le temps semble s’être arrêté. Un coin de vallée, un hameau cerné par les bois, à l’est la maison où vit Emily, qui se trouve au bout d’un corps de ferme divisé en habitations. La piscine des voisins bruisse seulement l’été. C’est une sorte de bout du monde, un havre dans une parenthèse. On se laisse prendre par la poésie attentive de Pauline Peyrade. Elle semble avoir posé un chevalet dans ce mouchoir de poche campagnard, observant avec douceur ses reliefs et ses mouvements. Son pinceau aime ce qu’il voit, et sait à merveille le dire. «Les routes du hameau, entortillées, tachées de terre et de stries de pneus, se coupent en une croisée tendre, affaissée près d’une mare jaune. Sur la berge, un saule pousse à l’horizontale, les racines à fleur d’herbe, les cheveux dans l’eau. Des roseaux verts plumeux ornent la rive, broche luxueuse piquée au corsage d’une robe. Le bassin, rond comme un œil, fixe le ciel, des nuages de vase flottent sous une pellicule saturée d’ondes, sauts d’insectes, glissés de carpes et fuites de boue noire. Une grenouille coasse jour et nuit, un appel obstiné, tranchant comme un hurlement de loup.»
Un héron mort dans une mousse verte
Depuis l’âge de 9 ans, Emily n’a pas quitté la maison et son environnement, depuis que son père l’a déposée un été devant la porte avec sa valise rouge. Sa grand-mère Moune lui a offert sa chambre sous les combles. Tous les matins, elles marchaient jusqu’à l’étang pour nager, toujours vers la grotte. Que se disaient-elles ? Sans doute pas gr




