Les choses étant rarement ce qu’elles paraissent, les Jeux heureux de l’enfance est plutôt un roman d’adolescence, où certes l’héroïne narratrice a une toute petite sœur dont elle s’occupe, mais surtout un premier amoureux. Charlotte Gneuss, dont c’est le premier roman, semble parler d’expérience quand elle raconte l’Allemagne de l’Est des années 1970 mais elle précise en fin de volume que c’est celle de sa famille, l’autrice étant née en 1992. Et en fait, dès le tout début, la narratrice ne l’a plus, son amoureux, quoiqu’il réapparaisse au fil de souvenirs et d’interrogatoires qui n’en sont pas mais quand même. Car tout indique que l’adolescent est passé à l’Ouest et «l’appareil», comme on désigne l’ensemble du système de surveillance, veut savoir ce que savait l’amoureuse. «Ça se voit, quand quelqu’un s’en va, ça se sent, quand quelqu’un fait ses adieux», appareil et famille sont d’accord. Et pourtant.
«Vous avez un problème à l’œil»
Au lycée, on vit en plein socialisme à la soviétique. L’avenir radieux est à portée de bonnes notes. On peut devenir «ouvriers spécialisés en systèmes et équipements. Ouvriers spécialisés en optométrie. Ouvriers spécialisés en systèmes automatisés. Ouvriers spécialisés en dissection médicale. Ouvriers spécialisés en composants électroniques. Tout est possible». Les adolescents rient de ce système, se moquant d’Adam et Eve comme «les deux premiers socialistes» : «ils n’avaient pas de toit, pas de vêtements, pas de voiture, que dalle, mais ils éta




