«Les six années qui suivirent furent les plus heureuses de leur vie.» Lukas Bärfuss ne s’appesantit pas sur le bonheur. Le voilà expédié en douze mots. Les heures sombres vont mieux aux Miettes, nouveau roman de l’auteur alémanique qui déploie la lutte d’une femme, Adelina, pour garder la tête hors de l’eau. Après le mariage en Italie des parents, Mario et Margherita, les espoirs suscités par l’immigration en Suisse, à Zurich, et la parenthèse rose de la petite enfance de l’héroïne, le couvercle peut retomber. «Il n’arrivait aucun malheur, le malheur était la vie. Elle s’écoulait sans relâche et dans une seule direction pour vous mouliner complètement. L’argent manquait, les progrès étaient de courte durée, anéantis par le prochain revers.»
Au début du roman, ce qui semble laminer les destins c’est la dureté des êtres. Comme celle du père de Mario, un nationaliste italien proche du parti de Mussolini. reniant son fils après avoir appris que du sang slave coulait du côté maternel. Une cascade de rejets va jalonner l’histoire de la famille. Mario lui-même s’éloigne de son enfant. Cet homme réfugié dans les




