Les œuvres complètes sont un rare plaisir de lecteur : avoir à disposition la totalité des écrits d’un auteur, alignés comme des planètes ! Par son format et sa reliure élégante, la Pléiade s’en est fait une spécialité et a vite été enveloppée d’une véritable mythologie à la Roland Barthes. On se l’offre (ou se la fait offrir) certes souvent comme une promesse de lecture, mais pour les inconditionnels d’un écrivain ou d’une autrice, c’est le graal sur papier Bible. Reste que ces entreprises d’ampleur ne sont pas éternelles, il faut les mettre à jour, voire les refaire tous les vingt-cinq ans. Des manuscrits sont devenus accessibles, des inédits surgissent, sans parler des correspondances et l’ensemble nourrit de nouvelles approches critiques. La dernière Pléiade Verlaine remontait à Mathusalem (numéro 47 de la collection !), soit 1938. Signée par Yves-Gérard Le Dantec et Jacques Borel, elle séparait Verlaine en deux : d’un côté le poète, de l’autre le prosateur. La nouvelle édition signée par un des grands spécialistes, Olivier Bivort, a pris une approche unitaire plus suggestive et dynamique : le parti de la présentation chronologique. Avant qu’un livre ne soit édité, c’est un monde en gestation, pressenti, médité au fil de lectures et de rencontres, souvent publié d’abord en revue ou dans les journaux. Un tel protocole permet de prendre conscience de la fabrique d’une œuvre.
Entre deux absinthes
Une question demeure : quelle place a Verlaine aujourd’hui ? Parmi les nombreuses gloires en




