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Lewis Carroll, Dominique Perrault, François Busnel… Nos idées cadeaux de beaux livres à offrir à Noël

Photo, peinture, architecture… «Libé» vous propose une sélection d’ouvrages remarquables à placer sous le sapin.

Publié le 06/12/2025 à 11h07

Les fêtes de Noël approchent et vous êtes à l’affût d’idées cadeaux ? Retrouvez les recommandations de Libé ici.

«Alice» de Lewis Carroll dans la Pléiade

La Bibliothèque de la Pléiade se flattant d’être le pays des merveilles littéraires, il est dans l’ordre des choses qu’Alice y ait sa place. Un volume de plus de 2000 pages d’Œuvres de Lewis Carroll est certes déjà paru en 1990, sous la direction de Jean Gattégno, comprenant les Aventures d’Alice au pays des merveilles, De l’autre côté du miroir et la Chasse au Snark, sans compter des textes très divers. Celui qui est publié aujourd’hui, sous la direction de Philippe Jaworski qui a tout retraduit, est deux fois plus court, quoique l’édition soit bilingue et chaque page comporte cependant sa part de vide, dégageant un sentiment aéré qui n’est pas le propre de la collection. Le talent de Lewis Carroll a sa part dans le plaisir, d’accord. Mais l’édition aussi.

Lewis Carroll, Alice suivi de la Chasse au Snark, édition bilingue et traductions nouvelles de Philippe Jaworski. 207 illustrations. Gallimard, «la Pléiade», 1 016 pp., 64 €.

«Les Mythes vikings» de François Busnel

Pas besoin d’aimer Wagner pour plonger avec délice dans les histoires des dieux et héros de Scandinavie, qui furent aussi ceux des Germains. François Busnel, à la suite de ses séries sur l’Iliade et l’Odyssée, diffuse ce mois-ci sur Arte dix épisodes narrant les aventures d’Odin, Thor, Loki, la blonde Freyja et toute la bande. Le livre en est la version écrite, accompagnée de représentations de tableaux, de sculptures liés à ce fonds culturel nordique.

François Busnel, les Mythes vikings. Dieux et héros de la mythologie nordique, Arte Editions, 178 pp., 35 €.

«Jardins contemporains», somme illustrée d’Annie Guilfoyle

Cette très belle somme illustrée de photographies sur les trois dernières décennies de création paysagère à travers le monde est une invitation au voyage immobile et contemplatif. Au fil des pages, le lecteur découvre un aperçu, loin d’être exhaustif, d’une création paysagère mondiale foisonnante, du fait de «l’esprit novateur» apparu au début des années 1980 et qui s’exprime encore aujourd’hui, des Pays-Bas aux Etats-Unis. Ainsi, passe-t-il de jardins privés, à l’instar du Jardin plume, de Patrick et Sylvie Quibel, qui se visite près de Rouen, à de grands parcs publics, symboles de la nécessaire végétalisation ou requalification des villes post-industrielles.

Annie Guilfoyle, avec Sorrel Everton, Victoria Clarke, Rosie Pickles. Jardins contemporains. Traduction de l’anglais Michel Beauvais, Phaidon, 336 pp., 54,95 €.

«Librairies dans le monde» de Jean-Yves Mollier et Patricia Sorel

De la France au Japon, cet ouvrage rassemble de superbes photos prises dans 250 librairies du monde entier. Elles ont été sélectionnées soit parce qu’elles sont des institutions de leur ville en raison de leur ancienneté ou de leur spécialité, soit parce qu’elles sont magnifiques, ou bizarres. Parfois, les deux critères s’allient.

Jean-Yves Mollier et Patricia Sorel, Librairies dans le monde. Citadelles & Mazenod, 304 pp., 69 €.

«L’Hôtel du Nord» d’Eugène Dabit

Publié en 1929, le célèbre roman d’Eugène Dabit fait de ce mythique hôtel-restaurant du 102 quai de Jemmapes à Paris un véritable condensé du petit monde ouvrier et populaire de l’entre-deux-guerres. Adapté au cinéma par Marcel Carné en 1938, l’Hôtel du Nord renaît en 2025 avec les dessins de Christian Cailleaux. Au fil des pages, on (re)découvre les portraits des pensionnaires qui ont habité les quarante chambres de cet immeuble et leurs propriétaires, Louise et Emile Lecouvreur, inspirés des parents d’Eugène Dabit.

Eugène Dabit, l’Hôtel du Nord, Finitude. Avec les illustrations de Christian Cailleaux, 240 pp., 26 €.

«Un œil passionné. Douze ans d’acquisition de Ger Luijten»

Ger Luijten, historien de l’art néerlandais, a formidablement enrichi et fait connaître, de 2012 à sa mort soudaine en 2022, un musée que les amateurs d’arts graphiques, de portraits, de tableaux de paysages et d’art du XVIIe siècle hollandais ou nordique chérissent comme un secret désormais grand ouvert : la fondation Custodia. Fondée en 1957 par le collectionneur Frits Lugt et sa femme, une riche héritière, elle est située à Paris dans l’ancien hôtel Turgot. Ger Luijten avait transformé ce bâtiment du XVIIIe siècle avec science et goût, pour en faire un cabinet de petites et grandes curiosités où eurent lieu des expositions mémorables. Une exposition de la fondation, en 2024, a rendu hommage à son travail. Le catalogue, publié cet automne, n’est disponible que sur place, ce qui donne l’occasion d’y aller ou d’y retourner. C’est le tombeau parfaitement imprimé et édité de Ger Luijten.

Un œil passionné. Douze ans d’acquisition de Ger Luijten, Fondation Custodia, 431 pp, 40 €.

«Dominique Perrault», monographie

Dominique Perrault est un architecte contemporain hors norme. On lui doit bien entendu la Bibliothèque nationale de France (BNF), dont il a remporté le concours en 1989, son premier bâtiment majeur et œuvre trop précoce qui l’a révélé aux profanes. Paru en octobre, cet épais ouvrage de 440 pages, richement illustré de plans de coupe, vues aériennes, cartographies, croquis, photos de maquette, et émaillé de réflexions théoriques, retrace le parcours de ce bâtisseur, qui ne dénigre ni les sous-sols (bien au contraire) ni la verticalité, et revendique en guise de style une abstraction émancipatrice.

Dominique Perrault, Gallimard, 440 pp., 80 €.

«In My Room : Teenagers in Their Bedrooms» d’Adrienne Salinger

Le procédé est désormais si répandu qu’il est en passe de devenir un genre en soi : rassembler sous forme de série une multitude de portraits pour documenter l’intimité d’une chambre ou d’un bureau et raconter ainsi un groupe social ou une génération. En 1995, Adrienne Salinger fut pionnière de l’exercice en demandant à des adolescents américains de poser dans leur chambre, si loin si proche du monde extérieur, et avant tout de leurs parents. Le sujet est un autre grand classique de la photo documentaire qui aime scruter cette période de grands changements, ère de l’affirmation de soi. Le livreIn my room: Teenagers in their bedrooms, dont la première édition date de 1995, ressort aujourd’hui enrichi de nouveaux portraits.

Adrienne Salinger, In My Room : Teenagers in Their Bedrooms, Distributed Art Publishers, 144 pp., 45 €.

«Images de Palestine, 1893-1940» de Karimeh Abbud

Elle signait ses photos en arabe et en anglais de ces quatre mots : Karimeh Abbud, lady photographer. Le «lady» était important à l’époque, entre 1915 et 1940 dans la Palestine d’avant la Nakba (la catastrophe) qui marqua l’exil des Palestiniens à la création d’Israël, car les photographes étaient alors essentiellement des hommes. Karimeh Abbud fut sans doute la première femme à exercer ce métier en Palestine et au Proche-Orient. Dans ce magnifique livre publié par l’éditeur algérien Barzakh et l’éditeur marseillais d’ouvrages photographiques Images plurielles, le chercheur Ahmed Mrowat, fondateur et directeur des Archives palestiniennes à Nazareth, raconte son histoire accompagnée d’un grand nombre de ses photos qui apportent un témoignage exceptionnel sur la Palestine d’avant 1948.

Karimeh Abbud, Images de Palestine, 1893-1940, Barzakh /Images plurielles, 256 pp., 39 €.

«Sur sept gravures de Dürer» de Patrick Genevaz

Nous connaissons ce qui fait de ce dessinateur magique le premier artiste germanique de son temps et l’un des plus grands artistes de tous les temps : ses gravures ; environ une centaine sur cuivre et deux cent cinquante sur bois. Patrick Genevaz, qui avait déjà publié Sur trois gravures de Rembrandt (La Délirante, 2008), en décortique sept, parmi les plus connues. (…) Le livre vaut d’abord par la qualité de papier et d’impression, l’aération de la mise en page, la précision sobre des textes : les gravures vivent sur l’épaisseur du papier. Il vaut ensuite par son parti pris. L’auteur n’interprète pas ces œuvres mystérieuses. D’autres l’ont fait avant lui, parfois avec une érudition brillante. Lui les connaît, mais les suspend. Il se concentre sur la description. Il le fait avec une telle précision que, très vite, il se passe ceci : nos regards, s’éduquant, s’aventurent au-delà de ce qu’ils croyaient voir.

Patrick Genevaz, Sur sept gravures de Dürer. L’atelier contemporain, 127 pp., 30 €.

«Queens. L’art du drag dans le monde» de Paloma et Elodie Petit

C’est un beau livre de photos et de combat. La journaliste Elodie Petit et la drag queen Hugo Bardin, alias Paloma, ont tiré le portrait de 25 figures internationales du drag, joyeuses et colorées à souhait. Mais derrière les sourires, les paillettes et les strass, la discrimination homophobe apparaît en filigrane, dans sa cruelle réalité.

Paloma et Elodie Petit, Queens. L’art du drag dans le monde. Hors collection, 254 pp., 35 €.

«Wild» de Peter et Beverly Pickford

Après quatre années passées à arpenter les cinq océans du globe, Peter et Beverly Pickford signent, avec Wild, un album photo d’une puissante authenticité. De la côte sauvage du Transkei en Afrique du Sud aux confins glacés de l’Arctique, les deux photographes naturalistes originaires d’Afrique du Sud capturent des clichés uniques d’une nature originelle et somptueuse que ce livre appelle à préserver. Rythmée par des textes sensibles et immersifs, cette fresque photographique est une invitation au voyage.

Peter et Beverly Pickford, Wild. Des dernières côtes sauvages à l’océan Traduit de l’anglais par Emmanuelle Ghez, Paulsen, 406 pp., 49 €.

«Histoire du tatouage» de Mikael de Poissy

Lors de leurs voyages, les explorateurs rencontraient des peuples aux corps magnifiquement ornés. Les «tatouages» vont désigner les peintures sur soi des «Sauvages de l’Amérique», des Birmans découverts par Marco Polo en 1271, et ainsi de suite. Le mot tatouer entre dans le Dictionnaire de l’Académie française en 1798, et ce qui était un objet d’étude pittoresque va finir par s’ancrer dans la culture occidentale. Le livre de Mikael de Poissy présente de nombreuses photos et documents historiques sur cet art. Une splendeur.

Mikael de Poissy, Histoire du tatouage en France de 1770 à 1960, Préface de Georges Vigarello, Seuil, 274 pp., 42 €.

«Louis-Ferdinand Céline, d’un Paris à l’autre» de David Labreure

Depuis les hauteurs de Meudon, où il finit sa vie, l’écrivain frappé d’infamie pouvait voir au loin Paris, sa ville natale, laquelle inspira fortement son œuvre, notamment Mort à crédit. Ce livre suit, avec de nombreuses photos, les traces parisiennes du romancier, avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Le chapitre «Du Voyage à l’Occupation» rappelle notamment la vie montmartoise de Céline. Il y eut deux adresses, l’une rue Lepic, l’autre rue Girardon. C’est là que fuyant en Allemagne en 1944, il laissera derrière lui des manuscrits, retrouvés il y a peu. Aucune plaque ne rappelle son existence en ces lieux.

David Labreure, Louis-Ferdinand Céline, d’un Paris à l’autre. Parigramme, 128 pp., 19,90 €

«Idées noires. Les origines» de Franquin

«L’objectif de cet ouvrage est d’offrir une relecture des Idées noires à travers leur processus de création.» L’album est riche de multiples archives montrant comment le créateur de Gaston Lagaffe, mort en 1997, en est arrivé, de 1977 à 1983 et de Spirou via son supplément le Trombone illustré à Fluide ­Glacial, à broyer tant d’idées noires, les concasser et les pulvériser puis les ­reconstituer, ses «petites histoires un peu sadiques, un peu cruelles, tout en restant rigolardes», selon ses mots dans ses ­entretiens avec Numa Sadoul.

Franquin, Idées noires. Les origines. Fluide Glacial, 178 pp., 32,95 €.

«Monet, par-delà l’horizon» de Marianne Mathieu

On sait à peu près tout sur Claude Monet. Chez le même éditeur, Marianne Alphant avait publié en 1993 Monet, une vie dans le paysage, qui reste une somme (rééditée en 2010). Le livre de Marianne Mathieu, biographie claire et analytique, vaut par la qualité et l’agencement des illustrations, et en particulier des agrandissements. Ils permettent d’entrer dans les toiles et les photos comme un insecte, porté par la lumière, dans un champ de fleurs, comme une grenouille naine sur un nymphéa. Le regard pollinise les touches de l’artiste de page en page.

Marianne Mathieu, Monet. Par-delà l’horizon. Hazan, 280 pp., 120 €.

«Rues parisiennes, comparaisons photographiques» de Daniel Quesney et Philippe Simon

A travers une compilation de plus de 200 cartes postales du XXe siècle, le photographe Daniel Quesney et l’architecte Philippe Simon proposent dans Rues parisiennes, comparaisons photographiques, d’explorer les mutations urbaines et patrimoniales de la capitale française. De l’ancien village de ­Charonne aux immeubles haussmanniens des grands boulevards, ce livre met en miroir des clichés anciens et contemporains. Divertissant et ­instructif, ce livre est dédié aux amoureux de Paris quelles que soient ses métamorphoses.

Daniel Quesney et Philippe Simon, Rues Parisiennes, comparaisons photographiques. Alternatives, 224 pp., 29,90 €.
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