Isabelle Simler en son pays des merveilles
L’illustratrice au trait reconnaissable s’est immergée deux ans dans les détours et impasses du labyrinthe de Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles. «Avec ma sensibilité plutôt naturaliste, j’ai retrouvé dans Alice ce rapport aux éléments, aux végétaux, aux animaux et à l’observation de ce qui l’entoure.» Lapin, tortue, vers à soie et champignons : tous sont détaillés de manière très précise et ludique tandis que le livre a la forme d’un jeu de cartes. Lire son portrait.
Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, illustré par Isabelle Simler. Traduit de l’anglais par Henri Parisot, Editions Courtes et longues, 208 pp., 38 euros. A partir de 7 ans.
Les bienfaits du rien par Marie Dorléans
Sur le premier dessin, l’espace est bondé d’objets dans tous les sens. Dans ce bazar, on voit à peine un couple assis dans un fauteuil et un enfant jouer. Sur le deuxième, ce n’est pas mieux, les deux pages sont sillonnées verticalement de buildings, la mer devant est bondée de cargos et de voiliers, et le petit bout de ciel est encombré d’avions. A y bien réfléchir, c’est l’exact reflet de notre société surchargée, accumulatrice et consumériste. Heureusement, un inventeur fou met au point une machine à faire du vide, «une pompe à rien». Le dernier album de Marie Dorléans, qui a dessiné la une du septième Libé des auteur·es jeunesse, a un format hauteur, un ton coloré et joueur, et il fait du bien, car le rien repose.
Une histoire de rien du tout de Marie Dorléans, Seuil jeunesse, 48 pp., 15 euros. Dès 5 ans.
L’éveil de trois ans de saisons par Julia Spiers
En une série d’aquarelles simples et tendres, à la manière d’un almanach reliant âges de la vie et phases de la nature – moelleux des nuages en octobre, feuilles rougies en novembre, cerisiers charnus en juin – l’illustratrice Julia Spiers saisit dans 36 mois la quintessence des trois premières années de vie pour ce qu’elles sont, au fond : des moments infraordinaires d’éveil sensoriel, quasi métaphysiques.
36 mois de Julia Spiers, Editions des Grandes Personnes, 104 pp., 20 euros. A partir de 12 mois.
Les menus plaisirs de la vie par Sophie Vissière
On avait beaucoup apprécié le Petit Livre des grandes choses, paru à l’automne 2022 et chroniqué dans le quatrième Libé des auteur·es jeunesse. Sophie Vissière récidive en prenant «les choses» à l’envers. Chaque scène introduit quelque chose de monumental en proportion de la taille des enfants : les éléphants au muséum, le kiosque au jardin public, le tracteur à la ferme… Mais il y a toujours dans le paysage de petites choses, des objets avec les enfants, une carotte, un biscuit, un ballon, un seau, une plume… etc. L’album poursuit l’exploration à hauteur d’enfants, avec la découverte d’un univers en soi à chaque double page.
Le Grand Livre des petites choses de Sophie Vissière, Hélium, 32 pp., 16,90 euros. A partir de 3 ans.
Hyéronimus à l’aventure, par Blexbolex
Un train filant dans la campagne, vers une destination inconnue. A son bord un jeune garçon âgé de 12 ans, dont la frimousse blonde lui donne des airs de Petit Prince, s’endort. Ainsi commence le dernier roman illustré de Blexbolex. Alors qu’il quitte sa famille pour habiter chez son oncle, Hyéronimus (c’est son prénom) ne tarde pas à «s’ennuyer à mourir» dans l’immense manoir de son aïeul. Conduit comme un voyage initiatique, avec les superbes dessins de l’illustrateur, le récit met aussi en garde le lecteur contre cette petite voix qui nous incite à céder à nos plaisirs les plus futiles. Lire la critique.
Le Temps du Capitaine Brett de Blexbolex, La Partie, 168 pp., 24,90 euros. A partir de 7 ans.
Dis-moi où tu habites, par Carl Johanson
Aïko, une petite souris, rend visite à sa famille et ses amis. Ses cousins de la forêt vivent dans une chaussure, d’autres dans un appartement ou une pomme… Comment construit-on une maison ? Quels sont les outils nécessaires ? Peut-elle se situer sous terre (c’est le cas des vers de terre) ou sous l’eau ? L’album de l’illustrateur suédois Carl Johanson (qui vit en Bretagne) propose tout une variété de chez soi, en n’oubliant pas de se poser la question de ce qui est nécessaire à l’intérieur (aspirateur, canapé, confiture…) Les planches fourmillent de détails à observer et commenter.
Chez moi de Carl Johanson, traduit de l’anglais par Sophie Lecoq, Albin Michel jeunesse, 36 pp., 15,90 euros. A partir de 3 ans.
La chambre qui ouvre sur le monde, par Germano Zullo et Albertine
Dans un autre registre, Germano Zullo et Albertine avec ses dessins à l’encre de Chine colorisés ont réalisé un album accordéon : il part de la chambre et chemine le long de maisons en plans de coupe. De quoi se régaler à surprendre le quotidien des autres familles. Le narrateur /narratrice qui vit dans une mansarde compte bien avancer, progresser. Comme pour Chez moi (ci-dessus) le parcours est ludique et coloré sans être aussi didactique.
Ma chambre à moi de Germano Zullo et Albertine, La Joie de lire, 40 pp., 24,90 euros. A partir de 3 ans.
Le détective, la chienne et un mystère de lettres chez Clémentine Beauvais
Le détective, ou plutôt «détextive» car il farfouille dans les secrets des romans, s’appelle Pierre Bayard. Il a pour assistante une chienne prénommée Edith, avec qui ils ont résolu six mois plus tôt un mystère contenu dans le Petit Prince, avec l’aide de leur voisin, Minuit-Pile, 12 ans, et de son amie rebelle Bas-de-Casse. L’enquête part de la mystérieuse lettre de Fromentin, le frère de Sarrasine Cabochon, mort dans les tranchées en 1918 à 18 ans, arrivée à destination des décennies plus tard. Elle passe par Londres, car il est cette fois-ci question de Peter Pan. La série policière de Clémentine Beauvais a du pétillant et des lettres.
Enquête sur Peter Pan : Pierre Bayard détextive privé, tome 2, de Clémentine Beauvais (avec la complicité de Pierre Bayard), Sarbacane, 240 pp., 14,90 euros. A partir de 12 ans.
Deux cents infographies pour en savoir beaucoup plus
Figurez-vous que les scientifiques ne connaissent que 20 % des espèces vivant sur Terre, et que l’écrasante majorité de ce 1,6 million d’individus est invertébrée. La girafe et le tamanoir ont des langues gigantesques (respectivement 50 et 60 cm), quand le basilic commun ou la raie pastenague épineuse se distinguent par la longueur de leur queue (seulement 39 cm pour le premier, me direz-vous, mais cela représente tout de même trois fois sa taille ; et 1,70 m pour la seconde, soit 2,1 fois sa taille). Voilà un échantillon tiré d’Encyclopédie Infographica, une fascinante encyclopédie qui, comme son nom l’indique, mise sur les infographies, 200 au total. L’espace, le corps humain, les éléments… Il y en a pour tous les goûts.
Encyclopédie infographica, infographies de Valentina D’Efilippo, textes de Andrew Pettie et Conrad Quilty-Harper, Les Arènes, 336 pp., 29,90 euros. A partir de 7 ans.
La boutique obscure de la rue de l’école, par Vincent Mondiot et Enora Saby
Il y a une boutique étrange au bout de la rue de l’école. Tenue par un vieux vendeur très mystérieux, on y trouve des objets insolites. Une élève achète une boîte qui avale ce qu’on lui donne (après un bracelet, un crayon, etc.) et grossit, l’engloutira-t-elle elle aussi un jour ? Le père d’un autre a trouvé de la peinture «blanc ossuaire» dans le magasin bizarre, et voilà que des fantômes s’élancent des murs. Un cancre y a déniché des antisèches qui lui permettent d’avoir 18 au contrôle d’histoire, mais il perd sa mémoire. «Il m’a dit qu’à ne rien vouloir retenir, on finissait par ne rien retenir.» Treize petites histoires liées à la boutique, macabres et fantastiques à souhait.




