Le premier chapitre des Projectiles porte le chiffre «seize», et ce premier roman signé Louise Rose se termine sur le chapitre «un». Au début du livre, nous assistons à la consternation de Bébé, personnage principal, lorsqu’elle découvre ce que sont devenus la maison et le jardin des Tempête, «tonton Bermuda» et «la Monique» qui l’ont élevée. Mais Bébé n’a pas le temps d’être nostalgique. Elle est là pour creuser dans la pelouse, à l’endroit où elle a caché la boîte en fer qui contient «une poignée de babioles», un emballage de pitch, la carte «chance» qui l’envoyait en prison sans passer par la case départ et la faisait perdre au Monopoly, ce genre de choses. Des larcins enfantins, dont elle retrouve le souvenir chemin faisant. Mais ce chemin se fait à l’envers. Nous apprendrons à la fin comment et pourquoi Bébé a quitté Boris après avoir balancé du troisième étage le pack de yaourts qu’il vient d’acheter.
Bébé a pris la fuite sans téléphone et sans argent. Comment survit-elle cinq jours et quatre nuits ? Quels sont, ou plutôt quels ont été ses moyens de transport pour aboutir à un village en pleine campagne en partant d’une ville au bord de la mer ? Magie de l’invention romanesque. Tel que le livre est construit, à la lecture les conséquences passent avant les causes. Bébé passe une nuit à l’hôtel, on comprend ensuite quelles mauvaises actions ont été commises pour en arriver là. L’effet d’étrangeté est très souvent comique, le pers




