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Rien ne va plus pour Mackenzie ! Cette étudiante de 21 ans a perdu sa mère, une ultra-célèbre autrice de polars, dans un accident. La voilà qui fait son deuil, assez facilement tant leurs rapports étaient frais, la maman ayant été sèche et machiavélique. Jusqu’à ce que Mackenzie reçoive une lettre d’un inconnu lui délivrant les pages du journal intime de sa mère, écrites vingt-et-un ans plus tôt. Puis une deuxième lettre, une troisième. Se révèlent entre les lignes faux-semblants, secrets, mystères enfouis… dès lors, tout s’emballe.
En réalité peu de choses s’emballent. Ce «thriller aux 10 millions de lecteurs», comme vanté sur la couverture, est posé dans un entre-deux temporel, le passé de la mère, le présent de la fille, sans trop savoir comment trancher. Heureusement, le lecteur ou la lectrice est happée avec facilité dans le moteur d’un page turner efficace : chapitres ultracourts où tout est prétexte à suspense, rebondissements et points d’interrogation à base de… mais nous en parlerons plutôt au prochain paragraphe.
En découle une sorte de déformation narrative où les actions du passé sont bien plus intéressantes que celles du présent, qui n’existent par ailleurs presque pas. La lectrice – à moins que ce ne soit… le lecteur, hum hum – se retrouve donc à attendre et compiler les lettres anonymes du passé en stagnant dans le présent de Mackenzie, certes effrayée par tout ce courrier mais assez impassible. Il faut par exemple attendre la page 166 pour qu’elle se décide à agir. Mais comment ? Avec qui ? Pourquoi ? Et toutes ces questions sans réponses avant le prochain paragraphe…
Finalement, après une révélation assez conventionnelle en milieu de roman, l’autrice, Iliana Xander, choisit enfin son camp et nous envoie un gros flash-back dans les mirettes. Autant dire un aveu de faiblesse, comme si elle avouait n’avoir pas réussi à captiver le lecteur – à moins que ce ne soit… la lectrice, hum hum – avec son absence d’action au présent. Cette manœuvre signe à peu près la fin générale du suspense. Sauf que…
Pris par la force d’entraînement, le livre se laisse lire jusqu’à son terme. Bizarre. Sans même savoir pourquoi, à vrai dire, parce que le tandem que forment Mackenzie et son meilleur ami est absolument nunuche. L’histoire globale, sordide, cousue de fil blanc. Le style léger mais sans éclat. Et les personnages secondaires, plats comme des limandes. Seul le méchant – à moins que ce ne soit… la méchante – de l’histoire s’en sort avec un peu d’étoffe. Au fond, le plus intéressant – ou pas – de Love, Mom réside dans l’identité de son autrice, hors de tout radar, dont les services de presse de Fleuve noir ou de Penguin Books nous apprennent juste qu’elle a publié sous pseudo depuis l’adolescence une vingtaine d’ouvrages. Timidité ? Coup commercial ?




