Une fille de 19 ans dont la peau est «d’un brun d’une noix frottée longtemps avec un linge doux» arrive aux Etats-Unis depuis l’île des Caraïbes dans laquelle elle est née : «Dans les livres que j’avais lus – de temps à autre quand l’intrigue le voulait – quelqu’un avait le mal du pays. Une personne quittait un endroit où sa situation n’était pas très bonne pour aller ailleurs, quelque part où c’était beaucoup mieux, puis elle avait envie de retourner où ce n’était pas très bien.» La lucidité, l’apparente simplicité, l’acuité, l’ironie des pensées de la narratrice de ce bref roman se trouvent dans ce passage qui donne le ton, au début du livre.
Lucy a la dent dure, elle pense aux manières des êtres avec lesquels elle vit ou a vécu, et en tire un commentaire qui en dit long en quelques mots seulement. Elle analyse les autres en même temps qu’elle s’autoanalyse, et elle ne loupe personne. Elle décrit par petites touches sa mère, qu’elle ne souhaite plus jamais revoir. Car Lucy veut avancer, renaître, se cultiver. Elle est un modèle d’autonomie et de volontarisme, et une grande lectrice. Elle deviendra sûrement écrivaine. Ces éléments biographiques font écho à la trajectoire de Jamaica Kincaid, 76 ans. L’autrice américano-antiguaise a écrit Lucy




