Anecdotiques mais jamais dérisoires, voici des miettes de vie que Frédéric Forte a ramassées dans un livre d’un seul poème terriblement plaisant. Rien d’important en effet dans ce qui est décrit au cours des sept chants de Nous allons perdre deux minutes de lumière. La vie quotidienne : celle d’un homme qui a deux enfants, des souvenirs, qui voyage, qui subit la météo, qui traverse les bribes de conversations.
Chacune des notations est transcrite dans une langue simple, dans des ensembles courts délimités par des points. Pensées, observations : «même si cela ne se voit pas nous changeons /de département», «c’est vrai que ça prend du temps /d’apprendre à écrire grenouille en japonais», ou encore le délicieux : «on devrait faire des parties de ping-pong tout le temps». Le poète-éponge, qui récolte tous ces fragments, observe : «c’est incroyable tout ce qu’on peut faire entrer /dans un poème.»
Forte est de l’Oulipo, et on se doute à la lecture que la forme du poème, avec ses vers courts et sa ponctuation faite entièrement de points, est significative. Le poète toulousain s’en explique : la première de ces bribes recyclées, le déclencheur du livre, est la phrase d’une présentatrice météo. «Nous allons perdre deux minutes de lumière» a donné le ton du poème, puisqu’elle l’a aussitôt placé dans le champ de l’éphéméride. Mais elle en a aussi induit la forme générale. Forte a «déplié», dit-il, ce dodécasyllabe de sept mots : son poème est constitué de sept chants de sept strophes contenant chacune douze vers de douze syllabes.
Voici un extrait du livre.




