A un passage entre l’Allemagne de l’Est et celle de l’Ouest, un fils de 26 ans regarde ses parents partir. Ils sont vêtus de leur tenue de randonnée. Le père porte un accordéon dans une mallette faite maison, il a une silhouette bizarre. On est en novembre 1989, le rideau de fer est en train de tomber. La veille, les parents, Inge et Walter, ont sommé Carl de revenir à Gera en Thuringe, sa ville natale. Ils transmettent les consignes : il lui faudra garder l’appartement, ne rien dire aux voisins, veiller à la bonne marche de la voiture – une Shiguli, fabrication soviétique ; des barquettes congelées l’attendent dans le frigo. Eux fuient à l’Ouest, tant que les frontières sont ouvertes.
Stern 111, deuxième roman de Lutz Seiler, débute comme un conte de Grimm à l’envers. D’habitude ce sont les enfants qui partent, abandonnés ou envoyés découvrir l’ailleurs, tel le fameux garçon qui voulait savoir ce qu’était la peur. Alors que va faire ce fils tournant en rond dans l’appartement familial, butant sur ses souvenirs d’enfance, tandis que l’histoire avec un grand H s’emballe ? Après quelques jours, Carl organise son propre départ, son second rôle dans le scénario parental s’arrête là. Le jeune homme a rempli le coffre de la Shiguli d’outils et de victuailles. Direction Berlin-Est. A destination, bientôt à court d’argent, il rencontre «la bande des malins», un groupe anarchiste formé autour de Hoffi, «le Berger». Leur QG est le Cloporte, un bar de la Oranienstra




