C’est une habitation en pièces détachées. D’abord la loge, 17 pieds par 12, soit dix-neuf mètres carrés. Puis dans la cour, les toilettes à la turque et plus loin la salle de bains. Dans l’escalier principal de l’immeuble, avec marbre et boiseries, se cache une petite dépendance pour ranger du matériel, et là-haut au dernier étage une chambre de bonne. L’autrice de la Classe et la fonction revient par l’écriture sur les lieux de son enfance. Dans les années 80 et 90, Mariana Alves vivait avec ses parents, des Portugais, dans un immeuble du XVIe à Paris. Arrondissement dit cossu qui a vu pendant des décennies des bataillons de concierges portugais ou espagnols constituer les basses classes du quartier. Son personnage principal, «la Grande petite», se rappelle le sentiment de honte face à ses camarades d’école ou de collège mieux logées, la frustration que créait le manque d’intimité, la rage rentrée devant les exigences des «Autres».
C’est ainsi qu’elle nomme les habitants des grands appartements. Les concierges étaient autrefois appelés, en argot – et en mauvaise part —, les «bignoles». Du verbe bignoler : épier. Mais dans les souvenirs de la narratrice, et puisqu’ici on passe de l’autre côté du miroir, c’est plutôt les Autres qui espionnent la vie de ceux de la loge, derrière la porte vitrée au rideau obligatoirement tiré pendant la journée, la famille étant corvéable à merci.
«La fonction avait changé de genre»
La naissance d’un bébé, les vacances au pays, les boulots multiples du père, le remplacement




