Menu
Libération
Jeudi polar

Marty Holland et Dolores Hitchens, la Série noire revisitée

Ecrits l’un en 1945, l’autre en 1971, «l’Ange déchu» et «Factrice, triste factrice» sont réédités par Gallimard avec une traduction révisée et une préface inédite.

«Crime passionnel» (1945), l'adaptation cinématographique par Otto Preminger de «l’Ange déchu». ( Twentieth Century Fox Film Corpo/Collection ChristopheL. AFP)
Par
Christine Ferniot
Publié le 23/12/2025 à 8h15

Retrouvez sur cette page toute l’actualité du polar et les livres qui ont tapé dans l’œil de Libé. Et abonnez-vous à la newsletter Libé Polar en cliquant ici.

Pour fêter les 80 ans de la Série noire et illustrer l’ouvrage de Natacha Levet et Benoît Tadié sur les Femmes de la Série noire, voici deux romans policiers, l’Ange déchu de Marty Holland (1945) et Factrice, triste factrice de Dolores Hitchens (1971), édités dans la collection des «classiques».

Marty Holland la joue dure à cuire avec une histoire à la James Cain dont le héros, Eric Stanton, débarque sans le sou dans un patelin de la côte californienne. Il pousse la porte d’une cafétéria sans âme et se sent tourneboulé par la présence de Stella, la serveuse. Pour elle, il est d’emblée prêt à tout, y compris épouser, sans amour, une héritière et tenter de s’en débarrasser aussi rapidement que possible. Si la romancière a le sens du décor et un certain talent pour les dialogues, cet «ange déchu» manque de puissance et d’innovation. On lui préférera l’adaptation cinématographique d’Otto Preminger, réalisée l’année même de sa sortie. Quant à la fin, vaguement surprenante, elle plonge dans la mièvrerie.

En revanche, Factrice, triste factrice, est une œuvre inattendue sur la manipulation, avec une héroïne qui veut sortir de son univers de sténodactylo. On est dans les années 70 à New York où les femmes travaillent dur pour gagner une misère. Jennifer, la petite provinciale naïve, va changer au fil de l’histoire. Amoureuse d’un type sans envergure, elle joue les factrices pour son oncle Bax qui la rémunère copieusement. Que contiennent ces lettres qu’elle doit remettre en main propre et qui apportent le malheur ? Que va faire l’héroïne ? Il y a du suspense, une ambiance de plus en plus étrange et même une intrigue sentimentale parallèle pour semer le trouble chez la jeune Jennifer comme chez le lecteur. La secrétaire se métamorphose, devient une femme de plus en plus indépendante dans une ville trépidante. Un roman noir moderne qui ne copie personne.

L’Ange déchu de Marty Holland, traduction de l’américain par France-Marie Watkins, révisée par Manon Malais, préface inédite de Benoît Tadié, 250 pp., 14 €.
Factrice, triste factrice de Dolores Hitchens, traduction de l’américain par Marcel Frère, révisée par Estelle Jardon, préface inédite d’Estelle Jardon, 270 pp., 14 €.

Dans la même rubrique