Familles, je vous hais : une phrase célèbre d’André Gide. François Mauriac, que les Nourritures terrestres avait bouleversé dans sa jeunesse, la citait parfois. Familles, je vous aime, mais vous aimer, quel chemin de croix : écho qui ressort de la correspondance avec son fils aîné, Claude (1914-1996). Le livre s’intitule : «Je te dis toute ma tendresse…». Il aurait aussi bien pu s’intituler : «Tu payes cher l’honneur d’être mon fils…» (Lettre de François à Claude du 16 octobre 1941). Leurs rapports oscillent entre l’élan et le reproche, la confession et le malentendu, l’encouragement et la critique, la solidarité et la distance. C’est la feuille de température de leurs intermittences du cœur.
Claude, jeune homme triste et complexé, ne sort des bottes de son père que pour trouver péniblement sa pointure. Sincère, enthousiaste, frustré, emporté, souvent déçu par lui-même, Il recherche sans cesse l’attention, la compréhension, la reconnaissance paternelle. François les lui donne d’une patte, en le griffant de l’autre. Il lui dit passe ton bac d’abord !, casse ses rêves de devenir aviateur, e




