Les lecteurs français ne sauraient plus ignorer, à l’heure où paraît une nouvelle traduction du premier tome, que la trilogie Orbitor de Mircea Cărtărescu est l’une des entreprises littéraires les plus ambitieuses de notre temps. La plus démesurée d’un fou de démesure, comme l’ont illustré ses romans suivants Solénoïde (2019) et Théodoros (2023), mais aussi la matrice de son œuvre, conçue pour regagner ou annoncer tous ses livres passés ou à venir : «Mircea en train d’écrire un livre dément, infini»… Une trilogie qui débute comme la plus proustienne des autobiographies, face aux panneaux d’une fenêtre-retable, avant que ne s’insinuent dans le reflet les architectures et créatures de mille mondes imaginaires qui n’auront de cesse de tout reconfigurer – jusqu’à l’histoire et la littérature, nulle part ailleurs que dans l’Aile gauche aussi spectaculaire, ingénieuse, effrénée… «Aveuglante», dirait-on avec Cărtărescu (la traduction du mot «orbitor») si l’on ne craignait de dissuader des lecteurs de se laisser happer par leurs mirifiques méandres. Libé a rencontré l’auteur à Paris fin novembre.
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