Le silence et l’ennui, Samuel Nart (on entend presque «nacht», nuit en allemand) a grandi dedans. Fils unique dans une famille modeste où l’on ne se parlait pas, où l’on vivait le quotidien à voix basse, dans un rythme doucereux et sans éclats. Le réveil est venu de l’extérieur, par l’école. Samuel a découvert le pouvoir d’évocation des mots grâce à une conteuse en tenue bariolée venue émerveiller les jeunes élèves avec des histoires fabuleuses. Pourquoi dans le cocon familial rien de tel ne se produisait ? L’acte d’émancipation a été brutal. A un dîner, il a voulu crever la carapace du vide. L’incompréhension de son père et sa mère étaient totales. «On est pas bien comme ça tous les trois, hein ? – Non !» avait hurlé Samuel, et, saisissant son assiette de soupe aux lardons, il l’avait lancée en l’air comme un projectile de guerre.»
Anciennes silhouettes
L’enfant, révolté par la soumission et le quasi-mutisme de ses parents, est aujourd’hui un vieil homme ; il se souvient même de la voix maternelle. Samuel tourne et retourne dans sa tête le déroulé et les acteurs disparus de son existence. Il revit le film, parfois il actionne lui-même la manivelle, parfois l’assaillent d’anciennes silhouettes. Dans les romans de Sylvie Germain, les personnages ne sont pas totalement maîtres de leur destin, ballotté par les événements, le semblant de certitude de Samuel à ses débuts s’effiloche au fil des années, au lieu de se consolider. Seule l’autodérision concède une part de liberté




