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Roman

«Nadie nada nunca» de Juan José Saer : on achève bien les chevaux

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Bain de terreur et de sensualité dans la chaleur suffocante de l’été argentin.

En Argentine, en 2018. (Jim Goldberg/Magnum Photos)
Publié le 21/11/2025 à 14h53

Comment traduire ce titre, Nadie nada nunca ? On dirait le refrain d’une comptine désespérée (ou désespérante), une mélodie profonde et légère qui flotte sur un paysage et une conscience paralysés. En 1982, lors de la première publication en français de ce roman discrètement culte de Juan Jose Saer, les éditions Flammarion avaient choisi de conserver le titre espagnol. Il a pour mérite de faire entendre ce qui est essentiel au livre : l’atmosphère, d’une étouffante éternité, répandue par la musique lancinante et répétitive des phrases. Quarante-trois ans plus tard, le Tripode, qui republie peu à peu les œuvres de l’écrivain argentin sous de splendides couvertures dessinées par Nicolás Arispe, fait le même choix. Un cheval blanc marche sous l’eau, tout droit, comme s’il était son propre reflet. La traduction de Laure Bataillon, remarquable, est conservée. Littéralement, Nadie nada nunca signifie «personne rien jamais». Les deux premières phrases du livre semblent le justifier : «Il n’y a, au début, rien. Rien.» Mais le titre peut également signifier : «Personne ne nage jamais.» Et les phrases suivantes semblent aussi le justifier : «La rivière, lisse, dorée, sans une seule ride,

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