Nicolas Grimaldi disait avoir connu deux morts : celle de sa mère lorsqu’il était enfant, qui l’a laissé à un père instituteur, accaparé par son activité syndicale et inflexible. La deuxième mort fut Mai 68, qu’il vécut amèrement comme la mort d’une forme de culture. La troisième serait comme la fin d’une des attentes qu’est la vie : le philosophe s’est éteint vendredi 13 février, à 92 ans, à son domicile de Lyon, des suites d’une maladie.
Né le 24 décembre 1933, à Paris, Nicolas Grimaldi rêvait d’être poète, rendu «fou» par la découverte de Hugo et Rimbaud à 13 ans, mais c’est le questionnement philosophique qui aura sa préférence. «Dans ma pensée, disait-il à Libération en septembre 2011, il n’y a pas eu de rupture. Je n’ai eu qu’une seule naissance, ma naissance à une question. […] Toute la question fut de comprendre comment il est possible qu’il y ait dans la nature un être aussi dénaturé que l’homme. Seul l’homme se demande : que dois-je faire de moi-même pour n’avoir pas raté ma vie ? Que faut-il attendre de la vie pour qu’il ne suffise pas d’avoir vécu pour l’avoir gagnée ? J’en suis resté là jusqu’au bout, aujourd’hui encore.»
«Bref traité du désenchantement»
Elève de Paul Ricœur, agrégé et docteur en philos




