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Poésie

Nicolas Pesquès : une colline ardéchoise, corps et âme

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«La Face nord de Juliau», une somme écrite sur le motif par le poète né en 1946.

Nicolas Pesquès à Paris en 2013. (Jean-Luc Bertini/Pasco&co)
Par
Emmanuel Laugier
écrivain
Publié le 17/01/2026 à 0h47

Personne ne s’étonne aujourd’hui que Paul Cézanne ait pu peindre sur une décennie (1880-1890) plus de quatre-vingts fois l’imposante montagne Sainte-Victoire ? Pourtant découvrir qu’un poète (à qui l’on doit aussi de fins essais sur la peinture), a consacré plus de quarante ans à écrire la face nord d’une modeste colline ardéchoise, le mont Juliau (553 mètres d’altitude), a de quoi surprendre. Nicolas Pesquès (né en 1946) est ce poète pugnace, qui tente fidèlement de décrire Juliau, la scrutant depuis la maison familiale en différentes saisons, dans sa nuit et jusqu’à ses levers de soleil. Mais écrire quoi, pourrait-on se demander ? Son apparence, ses formes, sa façon de trouer l’espace entier de sa masse, d’écrire la seule preuve manifeste d’une existence sans langage face à celui qui l’observe et qui n’a que les mots ?

Le jaune dur des chaumes

Trois ans (1980-1983) seront nécessaires au premier volume de la Face nord de Juliau (LfndJ). Il est sous-titré «Tombeau de Cézanne». C’est un journal en proses datées. Une méthode se cherche, s’expose, avec toute cette matière qui revient dans les phrases, des verts acides aveuglants, parfois le jaune dur des chaumes : «comme toute chose simple – son infini mystère, comme toute paroi : son code de sentiers». Matière toujours aux côtés de l’écriture comme sa seule justification : «je ne rêverai pas ; je serai – je le sais – interminable». Cette attention aux choses, aux corps, jamais ne sera délaissée, même dans les Juliau l

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