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Lundi poésie

«noir de l’aube» de Yang Lian pour Jimmy Lai

Le poète chinois Yang Lian a écrit pour le militant prodémocratie Jimmy Lai, qui vient d’être condamné à vingt ans de prison à Hongkong.

Jimmy Lai à Hongkong en 2020. (Anthony Wallace/AFP)
Par
Yang Lian
Publié le 23/02/2026 à 22h50

Jimmy Lai, homme d’affaires et de presse hongkongais qui a joué un rôle de premier plan dans le camp prodémocratie de Hongkong, s’y est vu infliger le 9 février une condamnation à vingt ans de prison au titre de la loi sur la sécurité nationale de 2020, le chef d’accusation principal étant «complot en vue de collusion avec des forces étrangères».

Le poète chinois Yang Lian, qui vit actuellement à Berlin, a pour lui rédigé ce poème. De Yang Lian, on lira Là ou s’arrête la mer (traduit par Chantal Chen-Andro, éd. Caractères, 2004), Notes manuscrites d’un diable heureux (traduit par Chantal Chen-Andro, éd. Caractères, 2010), En symétrie avec la mort (traduit par Annie Bergeret Curien, à paraître aux éd. Circé).

Yang Lian, noir de l’aube, traduction par Annie Bergeret Curien

L’extrait

noir de l’aube (1)

  • pour Jimmy Lai

l’aube est de plus en plus lointaine tandis que tu souris te retournes

disparais dans cette porte ton épouse suffoque de douleur

les vagues suffoquent de douleur le temps la chaîne d’ancre coupée

à soixante-dix-huit ans ajout de vingt années flotte sans bornes

pas de séparation la fosse profonde des années

attend toujours un enterrement vif un sacrifice humain

tandis que les néons des rues ondulent de trahisons et faux témoignages

ta silhouette déchiquetée comme un écueil se grave au fond de la mer

retour à la maison de l’infortune semblable à la route quotidienne du travail

le mot «non» marche sur la finale en volute de l’élégie

mort incomparablement inconnue incomparablement familière

sentence jugement les yeux du monde suivent sans cesse

ton calme tes mains tranquillement jointes

pénètrent le lieu le plus noir portent l’impossible lumière

12 février 2026

Yang Lian

(traduit par Annie Bergeret Curien)

(1) Note de la traductrice. Le titre du poème pourrait aussi bien être traduit ainsi : Lai de l’aube. Le caractère chinois du nom de Jimmy Lai est inscrit deux fois dans le titre, car le mot traduit par aube se compose de deux caractères dont le premier est le même que celui de ce nom de famille.
Pour aller plus loin :

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