Jimmy Lai, homme d’affaires et de presse hongkongais qui a joué un rôle de premier plan dans le camp prodémocratie de Hongkong, s’y est vu infliger le 9 février une condamnation à vingt ans de prison au titre de la loi sur la sécurité nationale de 2020, le chef d’accusation principal étant «complot en vue de collusion avec des forces étrangères».
Le poète chinois Yang Lian, qui vit actuellement à Berlin, a pour lui rédigé ce poème. De Yang Lian, on lira Là ou s’arrête la mer (traduit par Chantal Chen-Andro, éd. Caractères, 2004), Notes manuscrites d’un diable heureux (traduit par Chantal Chen-Andro, éd. Caractères, 2010), En symétrie avec la mort (traduit par Annie Bergeret Curien, à paraître aux éd. Circé).
Yang Lian, noir de l’aube, traduction par Annie Bergeret Curien
L’extrait
noir de l’aube (1)
- pour Jimmy Lai
l’aube est de plus en plus lointaine tandis que tu souris te retournes
disparais dans cette porte ton épouse suffoque de douleur
les vagues suffoquent de douleur le temps la chaîne d’ancre coupée
à soixante-dix-huit ans ajout de vingt années flotte sans bornes
pas de séparation la fosse profonde des années
attend toujours un enterrement vif un sacrifice humain
tandis que les néons des rues ondulent de trahisons et faux témoignages
ta silhouette déchiquetée comme un écueil se grave au fond de la mer
retour à la maison de l’infortune semblable à la route quotidienne du travail
le mot «non» marche sur la finale en volute de l’élégie
mort incomparablement inconnue incomparablement familière
sentence jugement les yeux du monde suivent sans cesse
ton calme tes mains tranquillement jointes
pénètrent le lieu le plus noir portent l’impossible lumière
12 février 2026
Yang Lian
(traduit par Annie Bergeret Curien)




