Chaque premier livre est une entrée en scène, une manière de dire : voilà qui je suis, d’où je viens, où je vais. Née à Los Angeles en 1964, Robin Coste Lewis n’avait rien publié d’autre que des articles universitaires quand, à ses 50 ans, parut Odyssée de la Vénus Noire, qui lui valut en 2015 le National Book Award for Poetry. Il a fallu dix ans pour que le texte nous parvienne en français dans la traduction de Céline Leroy. Cette dernière, qui a commencé par traduire deux poèmes de Coste Lewis en 2022 pour la revue Catastrophes, évoque aujourd’hui sa «joie de voir une autre pierre apportée à l’édifice de la littérature afro-américaine» et compare la poétesse, en matière de présence, à Toni Morrison.
«Je ne suis personne ! Qui es-tu ?» demandait en son temps Emily Dickinson. A cette question, Robin Coste Lewis répond à son tour de plusieurs manières, le «je» multiple et nomade. D’abord presque d’entrée, dans le secret d’une parenthèse : «(la plupart du temps /je ne sais pas ce que je suis)». Plus loin, en hommage à The Wiz (l’adaptation du Magicien d’Oz réalisée par Sidney Lumet en 1978 avec une distribution «entièrement africaine-américaine») : «Je suis l’Epouvantail, l’Homme de Fer-blanc, et Lion /tout à la fois.» Plus loin encore, dans un épilogue éclairant, cet aveu derrière les faux-semblants : «Ressemblant tellement à ce à quoi les femmes sont censées ressembler – les cheveux longs, poussant une poussett




