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A Rovinj, perle de village sur la côte croate, touristes, artistes et nudistes vivaient en belle harmonie près d’une mer saturée de méduses. Du moins c’était ainsi du temps de l’ex-Yougoslavie (RFSY). Aujourd’hui, Rovinj est à peu près la même, avec un mystère supplémentaire qu’un journaliste surnommé «le Sceptique» va tenter de résoudre.
Le Sceptique est serbe, vit à Belgrade et, ancien chasseur de scoops, s’est reconverti dans le néant après son divorce avec la fille de son patron, le directeur du quotidien Koloseum. Il passe son temps à marcher dans les rues de la capitale et à acheter des disques vinyles. Un vieil ami qu’il n’a pas revu depuis l’armée lui met le pied à l’étrier : sa femme, Marijana, a disparu à Belgrade voilà dix ans. Sachant qu’elle le trompait, persuadé qu’elle avait poursuivi sa vie ailleurs avec son amant, l’ami ne l’a jamais recherchée et a élevé leur fille en serrant les dents. Et voilà qu’aujourd’hui la fille devenue ado veut retrouver sa mère. Et que l’ami demande au Sceptique son aide.
Non seulement le Sceptique accepte, mais il découvre rapidement que Marijana n’a jamais rejoint son amant, lequel se morfond lui aussi depuis dix ans en pensant qu’elle est restée avec son mari. L’effet miroir ne s’arrête pas là : le Sceptique comprend que la mère de Marijana a disparu, elle aussi, du jour au lendemain, il y a trente ans, à Rovinj cette fois. Alors le Sceptique commence à sérieusement enquêter, convaincu qu’il va devoir résoudre non pas une, mais deux disparitions. Sur deux générations distinctes. Et dans deux contextes différents, celui de la République fédérative socialiste de Yougoslavie (RFSY) et celui des Etats d’aujourd’hui, la Serbie et la Croatie.
Réflexions acres sur la politique et la perversité
La référence qui vient aussitôt à l’esprit à la lecture de ce Champ des méduses est la Série noire : la «vieille» Série noire chandlerienne, par son intrigue improbable à tiroirs ou sa façon de court-circuiter certaines déductions au milieu de questionnements et de dilemmes sur la vie et l’amour, comme la plus récente, néo-polar, avec sa succession de personnages hors normes, sa seconde histoire torpillant la première avant de l’éclairer, et ses réflexions acres sur la politique et la perversité. Le Champ des méduses recouvre tout cela et ce mélange, porté par un antihéros caractéristique - le journaliste-détective malin qui a raté sa vie ou au moins son mariage et erre en attente d’une rédemption qui le sauvera à ses yeux -, se laisse dévorer dans un entrechoquement d’époques et l’écho de situations associant la pluie du Belgrade d’aujourd’hui aux plages de la Croatie d’hier, le poids des secrets que les adultes enfouissent à l’éternelle tristesse des enfants abandonnés, la dureté des anciennes méthodes oligarchiques à… leur pérennité. Car, depuis les années 80, la façon de se maintenir dans l’élite n’a pas vraiment changé.
Oto Oltvanji, né en 1971, a reçu le prix du meilleur polar des Balkans au premier Belgrade Thrillerfest en 2025 avec ce Champ des méduses. Il s’agit de son premier roman publié en France, chez Agullo, maison d’édition girondine qui prospecte activement à l’est et publie par bonheur de régulières pépites noires.




