Près de cent ans après sa création, dans la Russie de 1936, quelle histoire nous raconte Pierre et le Loup ? Que devient le grand méchant prédateur à l’heure où l’on se réjouit de son retour, où l’on préfère le roi des canidés aux chasseurs, et où l’on se préoccupe davantage de préserver nos forêts que de s’en protéger ? Mais peu importe, au fond, que les temps aient changé. Car Pierre et le Loup est avant tout un conte initiatique, un récit d’émancipation, une fable universelle où un enfant se retrouve confronté aux dangers de l’exploration (se promener dans un grand pré touffu où peut rôder un prédateur), et au dilemme entre la sagesse et le plaisir (faut-il obéir au grand-père et rester chez soi par précaution, ou céder aux sirènes envoûtantes de l’excursion bucolique sans surveillance ?). Pierre et le Loup nous raconte que ce n’est pas la force qui compte, mais la ruse, et que tout est relatif. Lorsque l’oisillon dit au canard : «Quel genre d’oiseau es-tu donc, si tu ne sais voler ?» Le canard lui répond : «Quel genre d’oiseau es-tu, qui ne sait nager ?» Et il plonge dans la mare. Certes, ce pauvre canard connaîtra une fin tragique, mais c’est ensemble que Petit Pierre et le petit oiseau parviendront à capturer le loup.
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Sollicité afin de narrer ce grand classique en compagnie de l’orchestre national des Pays-de-la-Loire, le chanteur Dominique A prend ici la suite de récitants prestigieux – Gérard Philipe, Robert Lamoureux, Jacques Brel, et même David Bowie en 1978. Il nous offre, en plus de la belle orchestration pédagogique de Prokofiev (un type d’instrument, un personnage), une chanson faite maison à la sensibilité écologiste, façon comédie musicale. «Les histoires aiment les loups, mais les loups dans les histoires, on ne les aime pas beaucoup», chante de son vibrato inimitable Dominique A, sur fond de cordes voluptueuses. L’ensemble, qui a un charme fou, forme un livre-CD joliment illustré par Lili la Baleine.




