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Essai

«Philosophie de Teddy» : Allen S. Weiss, canal peluche

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L’auteur prête sa plume au nounours de son enfance pour explorer une pensée composite se nourrissant de souvenirs autant que de symboles et d’œuvres.

Extrait de la série «Much Loved». (Mark Nixon)
Publié le 05/11/2025 à 17h41

Parler à son doudou, ça va. Lui laisser vous raconter des histoires, OK. Entrer dans ses rêves et laisser les siens envahir les vôtres, passe encore. Mais se soumettre à ses injonctions et lui prêter votre plume pour qu’il écrive son autobiographie, ou céder à son envie que vous tiriez de lui une philosophie, ça, c’est un peu fort de café. Un petit pitch est nécessaire, pour qui aurait raté le début. Quelques années après la mort de son père, l’auteur (?) doit quitter la maison où il vivait avec sa mère, dans les «bois de Dogwood Ridge», pour emménager à Manhattan. Il importe bien sûr sa «bibliothèque-musée» – l’utérus qui le nourrit – et passe des semaines dans les cartons, la poussière, le bric-à-brac de meubles, tableaux, ustensiles, bibelots… C’est dans un tel capharnaüm – d’où émergent des bribes du passé de ses parents, rescapés de la Shoah – qu’il retrouve inopinément le doudou de son enfance, un ours en peluche à l’œil éborgné, resté dans un tiroir pendant quarante ans, qui lui conseille, puis le contraint – quitte à l’empêcher de dormir par des «appels téléphoniques mystérieux et un peu menaçants» – à devenir son ghost writer et à écrire son histoire de jouet oublié. Ce sera l’Autobiographie de Teddy, d’Allen S.Weiss, ouvrage à succès (Gallimard, 2022), finaliste du prix Médicis, dans lequel Allen n’est bien sûr que la plume, et Teddy bear l’intraitable auteur. Un joli coup – un exercice de ventriloquie inversée érudit et dr

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