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Pierre Lemaitre n’oublie pas qu’il a commencé sa carrière d’écrivain par le polar avec Travail soigné (2006) puis Robe de marié (2009). Il a d’ailleurs promis qu’il y reviendrait, mais l’a-t-il jamais quitté à l’heure où s’achève, après Un avenir radieux, sa tétralogie des Années glorieuses ? Dans son dernier volume bondissant, intitulé les Belles Promesses, il mixe une enquête au long cours sur un serial killer, un dilemme familial et moral à la Victor Hugo, un suspense qui n’éclate qu’à la dernière page grâce à un vieux chat colérique, le tout sur fond de Trente Glorieuses, de périphérique parisien en construction et de remembrement agricole.
On sent bien que l’auteur jubile en écrivant ses aventures à coups de grandes brassées romanesques. Par chance, il continue de préférer les personnages odieux aux héros propres sur eux. Alors revoilà l’immonde Geneviève, son embonpoint de bourgeoise, son orgueil de bas étage, sa médisance et son envie de dominer son entourage par ses égosillements bestiaux. Juste derrière elle, profil bas, se tient son époux Jean, dit Bouboule, éternel tueur de l’ombre, cogneur hystérique mais incapable de tenir tête à sa harpie de femme. Puis, vient son frère cadet, François, ex-espion redevenu journaliste et enquêteur pour le meilleur et surtout le pire. Les femmes ne sont pas mises de côté, discrètement sensuelle comme Thérèse, têtue comme Colette, observatrice comme Nine.
Feuilletoniste du XXe siècle (on est en 1963-1964), Pierre Lemaitre dresse un décor monumental et politique avec les grands travaux du périph qui excluent, comme toujours, les plus modestes. Il ménage la délicate balance entre le regard social et le suspense, entre la grande histoire française et les petits désirs d’un adolescent se rinçant l’œil par le trou d’une serrure. Sans scrupule, Lemaitre manipule ses lecteurs qui se laissent faire au point d’applaudir comme à guignol quand la vilaine et le méchant perdent la partie. A la fin de ce quatrième volume, on se dit que le tableau séculaire est peint à grands traits, parfois épais, et qu’il est temps à présent de passer à d’autres figures romanesques. Et justement, un certain Manuel s’approche dans l’ombre, sur les chemins de Foncrose, fusil à la main. On comprend vite que le jeune homme aura son utilité, sachant que l’auteur prépare un nouveau cycle.




