Dans Rat Island, recueil de nouvelles dystopiques paru en avril, Jo Nesbø imaginait une déchiqueteuse de souvenirs. Cette trouvaille géniale découle d’un mix, nous expliquait alors l’âpre Norvégien, entre «le film Memento, mais aussi la question de la démence, ou encore ces traitements qui peuvent plus ou moins précisément supprimer les souvenirs de traumatismes, par des électrochocs.» Nesbø trouvait l’outil «un peu effrayant. En tant qu’êtres humains, nous sommes le produit de nos expériences, de nos souvenirs, et si vous commencez à les détruire, vous déconstruisez ce que nous sommes en tant que personnes. Bien sûr, certains souvenirs sont lourds, difficiles, mais le cerveau est doté de mécanismes d’autoréparation, nous sommes déjà équipés pour sélectionner certains souvenirs, les effacer ou les interpréter d’une manière qui nous permet de vivre plus facilement avec eux». Et que serait la production de polars, et particulièrement celle de Nesbø, sans trauma, sans les souvenirs qui rongent et qui sédimentent ?
Bouffé par le combiné
Le Téléphone carnivore confirme ce prisme dans un registre bien particulier : le pulp (intrigue violente à fort taux d’hémoglobine) tendance fantastique qu’annonce la couverture stridente, avec combiné qui dégouline de sang, maison en feu et ciel d’enfer




